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Ceux qui restent

Summary:

Il y a dix ans, quand Dys est parti, Tangent n'a pas versé une larme.
Maintenant devant la porte de la chambre où Tangent s'est enformée depuis des semaines, Sol se demande si il n'aurait pas mieux valu qu'elle pleure chacune des larmes de son corps à ce moment là.

Notes:

C'est après une partie où Dys est parti après avoir fait exposer le mur et Tangent est devenue dépressive.
Ce n'est pas très gai mais j'espère que vous aimerez :)

Work Text:

Sol était devant la chambre de Tangent, la main à quelques centimètres de la porte. Malgré l’épaisseur de la porte et que les appartements de cette partie du complexe soi hermétique, on pouvait sentir la puanteur des différentes expérimentations en décomposition. Depuis que Tangent avait arrêté de venir travailler, Sol faisait des cauchemars du moment où en poussant la porte, elle découvrait que le cadavre de son amie au milieu de ses expérimentations. Elle voulait croire que ce n’était que des cauchemars ordinaires mais elle craignait de plus en plus qu’ils soient les rêves semi-prophétiques qu’elle faisait depuis toute petite.
La jeune femme pris une profonde inspiration pour se donner du courage et fit s’ouvrir la porte. Une vague de chaleur nauséabonde s’échappa de la chambre. Sol attrapa le sac pour déchets toxiques qu’elle avait amené, regrettant de me pas avoir pris de masque à gaz. L’appartement était dans un état pire que la dernière fois qu’elle était venue. Comment une femme qui ne sortait quasiment pas de son lit pouvait elle faire autant de bazar ? Comment diable obtenait-elle ses extraterrestres pour faire ses expériences ? L’énervement ne dura que quelques secondes, rapidement remplacé par l’inquiétude. Il n’y avait pas un bruit dans l’appartement. Sol lâcha le sac plastique par terre avant de se diriger rapidement vers la chambre. Un bruit spongieux se fit entendre alors qu'une substance poisseuse et chaude se répandait sur ses chaussures. Ce n'était pas important, elle pourrait toujours les laver plus tard. Elle priait pour que le cauchemar qui l’avait réveillé en pleine nuit ne se soit pas réalisé.
Sol pouvait distinguer une forme étendue dans le lit. Elle se précipita vers elle et tendit une main tremblante vers le cou de la jeune femme. Ses jambes la lâchèrent alors qu'elle étouffait un sanglot.
Vivante.
Le médecin en elle commença à faire ses analyses. Le pouls était stable et régulier mais la respiration était plus faible que ce que Sol aurait aimer. Tangent avait probablement avalé quelque chose pour l'aider à dormir. La boite de médicament ne fut pas difficile à trouver, elle était au pied du lit. La ramassant, Sol reconnu l’emballage. Normalement, même en étant dans un état aussi affaibli que Tangent, on ne pouvait pas faire d’overdose avec. Heureusement que les médicaments les plus dangereux étaient sous clés. Et qu'Instance n'y avait plus accès.

Sol se passa les mains sur le visage. L’inquiétude l’empêcherai de dormir tant qu’elle n’aurait pas parler à Tangent. Elle regarda autour d’elle. Puisqu’elle était là et ne pouvait pas dormir autant s’occuper. Elle commença le ménage, entassant tout ce qu'elle ne reconnaissait pas dans le sac pour déchets toxiques. La jeune médecin s'inquiétait un peu du nombre de choses dont elle n'arrivait pas à déterminer la nature. Morceau d'alien en décomposition, nourriture à moitié mangée ou feuilles de papier de recherche imbibé de vomi ? Impossible à dire.
Le sac rempli, la jeune fille se mit à nettoyer l'appartement. Si on lui avait dit que lorsqu’elle avait choisi de devenir médecin qu’elle aurait autant à faire le ménage, elle aurait… Bon, probablement fait la même chose. Mais uniquement parce qu'Instance était le pire médecin qu’il n'ait jamais existé. En essayant de faire disparaître les tâches collantes qui maculait le sol, Sol se souvenait du jour où elle était devenue le médecin officiel de la colonie. Elle ne savait pas qui avait été la plus soulagée, elle ou Instance. Tangent et elle avaient fêté comme il se doit. C'était un de ces meilleurs souvenirs. Avec chacun des enfants qu'elle avait mis au monde et chaque fois qu'elle avait sauvé un patient et… D'accord, elle adorait son métier. Elle aurait pu faire sans le ménage, c'est tout.

Un gémissement la fit se dépêcher de retourner au chevet de Tangent. Cette dernière, la main sur son front, essayait de cacher la lumière de la chambre. En entendant, une personne se rapprocher, un nom lui échappa :
“ Dys… ?”
Le cœur de Sol se brisa en entendant le nom du frère jumeau de Tangent. Il avait disparu dix ans auparavant après avoir fait exploser le mur qui protégeait la colonie des aliens. Depuis, personne ne l’avait revu.
“ Non, ma belle. C’est juste moi, souffla Sol
- Sol ? Oh, pendant un instant, j’ai cru…”
Tangent ne finit pas sa phrase, elle n'en n'avait pas besoin, les deux femmes savaient qui la scientifique désirait voir. Elle ferma les yeux, des larmes coulant le long de ses joues.
" Tu dois me trouver stupide. Espérer voir un homme qui a disparu depuis plus de dix ans.
- C'est normal, c'était ton frère. Ton jumeau. C'est évident qu'il te manque, murmura Sol, tentant de réconforter son amie. "
La jeune femme se glissa dans le lit et prit son amie dans les bras, la berçant doucement. Elle sentit sa blouse s'humidifier alors que Tang enfouissait sa tête dans sa poitrine. Les mots qui sortaient de sa bouche étaient entrecoupés de sanglots.
"Je ne sais pas si c'est pire. De ne pas savoir ce qu'il est devenu, de me demander s'il ne pourrait pas être vivant malgré tout. Il était le meilleur, il aurait pu survivre, il pourrait attendre que l'on vienne le chercher…"
Sol, en l'écoutant, cherchait comment lui expliquer ce que son amie savait déjà : Dys était parti et ne reviendrait pas.

Quelques jours après la disparition de Dys, la jeune femme avait fait un rêve. Un de ces rêves qui était peut-être une vision d'une autre vie. Elle se revoyait avec Dys et un extraterrestre préparant un rituel qui permettrait à Dys de faire parti de la planète. Elle pouvait entendre les adieux que Dys faisait, lui expliquant qu'il serait plus heureux en faisant parti des Gardeners qu'en tant qu'humain. Elle sentait son corps lorsqu'elle l'avait serré une dernière fois dans ses bras en lui murmurant qu'il lui manquerait. Il avait essuyé ses larmes en lui disant qu'il serait toujours à ses côtés avant de disparaitre.
Elle s'était réveillée avec la certitude que Dys était parti pour toujours. Dans les jours qui avaient suivis, Sol avait senti la présence du jeune homme dans certaines des bestioles qui vivaient dans la colonie. Elles étaient trop intelligentes, elles comprenaient trop bien ce qu'elle disait pour être des créatures normales.

Sur le mur, il y avait un vrikki qui fixait les deux jeunes femmes. Il semblait écouter leur conversation. Sol, tout en caressant les cheveux de son amie, se demandait si cet animal-là était aussi un des espions de Dys. Si c'était le cas, elle aurait aimé lui hurler dessus, lui demander s'il était fier de lui et peut-être comment elle était censée réparer le vide qu'il avait laissé. Ne pouvant pas le faire sans passer pour une folle, elle se contenta de foudroyer la créature du regard, espérant faire passer son message.
Tang reprit la parole, ses sanglots s'étant calmés.
"Parfois j'ai l'impression qu'il est là, à me regarder. Je cherche et il n'y a rien. Juste ces vrikkis qui semblent s'infiltrer partout. On est des jumeaux, on est censé avoir un lien, une connexion spéciale. A la place, je confonds mon frère avec des insectes."
Sol arrêta sa bataille de regard avec le vrikki. Elle ne pouvait pas gagner, la bestiole n'avait pas besoin de cligner des yeux. Même si elle aurait pu, les vrikkis étaient incapables de parler et de lui donner les réponses dont elle avait tant besoin.
"Moi aussi, souffla Sol, j'ai l'impression qu'il est là et c'est juste une bestiole. Parfois c'est même pas un animal. Certains jours, il y a une de ces plantes qui marche toute seule, qui vient jusqu'à mon bureau et je lui raconte ma journée. C'est ce qu'on faisait parfois avec Dys. Je lui racontais ma journée et il écoutait. Il était doué pour écouter. Tu n'es pas la seule à faire des trucs stupide parce qu'il te manque. J'ai même mis un pot dans mon bureau pour cette saloperie de plante. Cela ne veut pas dire qu'on est stupide. C'est juste qu'il nous manque."
Elles restèrent quelques temps enlacés, profitant de la présence de l'autre. Sol était soulagée de voir Tang lui parler au lieu de fixer le vide.

La jeune médecin embrassa les cheveux de son amie avant de se lever. Il fallait qu'elle fasse avaler de la nourriture à Tangent et elle avait peur de voir son amie se détourner. Ce serait pas la première fois.
"J'ai ramené de quoi manger, annonça Sol avec un enthousiasme un peu forcé. Ça nous fera du bien"
La jeune femme sortit deux bols de soupe et du porridge d'un des sacs qu'elle avait amenés. Elle se détendit alors qu'elles mangèrent en silence. C'était le silence de deux amies qui partageaient un moment ensemble et non le silence de Tang qui ressassait ses pensées et Sol s'inquiétant sans savoir quoi dire. La scientifique était dans un bon jour. Sol se mit à espérer que c'était le début de la remontée, que bientôt son amie ressortirait de sa chambre et de son désespoir.
" J'ai rêvé de lui, cette nuit. Il me disait qu'il m'aimait et que je lui manquais.
- C'est un joli rêve, Tang. Comment était-il ?
- Il avait l'air heureux. D'habitude, quand je rêve de lui, il est blessé ou mourant et je ne peux pas l'aider. Là, il était heureux."
Sol se remit à fixer le vrikki. Il n'avait pas bougé, continuant à les surveiller. Elle chercha ses mots, comment faire comprendre à Tang que même si elle ne reverrait jamais son frère, ce dernier veillait encore sur elle.
"Je suis sûre qu'il est heureux, là où il est. Il ne pouvait pas l'être ici. Je le sais, lui et moi en avons parlé si souvent. Mais, peut importait à quel point il voulait partir, il voulait que tu sois heureuse."
Le vrikki sur le mur hocha la tête comme s'il approuvait. Sol sourit. Peut-être qu'à eux deux, ils arriveraient à sortir Tang de sa culpabilité. Cette dernière s'était mise à bâiller.
" Rendors-toi. Les médicaments font encore effet.
- Tu restes avec moi cette nuit ?
- Évidemment. Je serai là demain quand tu te réveilleras"
Sol caressa les cheveux de la jeune fille, la regardant s'endormir. Elle murmura, comme pour elle-même :
" Peut-être que demain, tu pourras accepter que tu as le droit d'être heureuse même s'il n'est pas là. Même si il nous manque. Et que c'est ce qu'il veux."
Quand elle chercha du regard le vrikki, elle le vit s'enfuir par un trou dans un coin de mur. Elle sourit. Au fond, tout ce qui était important avait été dit.