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Under Pressure - This is ourselves

Summary:

Sirius Black a été envoyé à Beauxbâtons pour sa scolarité, comme son père avant lui. A l'occasion d'un stage obligatoire entre sa 6e et 7e année, il rencontre un certain James Potter, puis rapidement ses amis de Poudlard. Cette petite bande ressemble à ce qu'il a voulu avoir toute sa vie. Parmi elleux, un jeune homme se détache des autres, il s'appelle Remus.

Notes:

Bonjour à toustes,

C’est parti pour la publication d’une nouvelle histoire longue !

Je change un peu de pairing cette fois, ça sera un wolfstar. Ne soyez pas trop pressé·es, c’est un slow burn.
C’est un UA, un what-if, mais on reste dans le monde magique. Il y a des années de ça, j’ai écrit un OS « Si les choses avaient été différentes » dans lequel Sirius n’avait pas été envoyé à Poudlard, mais à Beauxbâtons. Ça a continué de me travailler, il fallait que j’en fasse une version longue et aboutie. La voici.

L’histoire est terminée et corrigée. Elle fait 24 chapitres + 1 épilogue. Je vais publier un chapitre toutes les deux semaines. N’hésitez pas à me laisser une trace de votre passage si vous avez aimé votre lecture !
Les titres de chapitres sont issues de chansons d’artistes que j’apprécie et qui ont une certaine importance dans l’histoire, vous verrez. Je mettrais les informations en note de fin de chapitres.

Comme sur toutes mes histoires longues, j’ai écrit celle-ci en écriture inclusive. C’est un choix militant. Pour celleux qui ne sont pas habitué·es et à qui ça fait peur, je vous rassure on s’y fait très bien et la lecture ne devrait pas être trop compliquée.

Sachez également que certains chapitres contiennent des lettres, que j’ai mises en forme avec un workskin d’AO3. L’histoire contient également, dans certaines chapitres, du sexe explicite, de la violence et des moments difficiles pour les personnages. La lecture n’est pas conseillée pour des personnes mineures.
Mais, vous me connaissez, c’est une histoire qui se finit bien !

Cette histoire a été relue et corrigée par Dahrma et Akhmaleone, que je remercie pour leur travail.
Akhmaleone a aussi été d’un soutien sans failles durant toute la période d’écriture, qui a duré presque deux ans (oui je suis lente, mais j’écris plein de choses en parallèle). Elle m’a aidé quand j’étais bloquée, elle m’a écouté quand j’avais des doutes, elle m’a soutenu quand j’étais démotivée, elle a lu et relu l’histoire après les premiers jets pour m’encourager. Bref, elle a été incroyable.
Je remercie aussi les membres de Potterfictions, notre serveur d’écriture de fanfics HP, qui sont de formidables soutiens quand on doute de ce que l’on fait. Le lien est dans mon profil pour nous rejoindre !

Et maintenant, bonne lecture !

PS : Je rappelle que je suis en profond désaccord avec l'autrice de la saga HP et que je soutiens la communauté trans

Chapter 1: Here comes the sun

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Chapitre 1 — Here comes the sun

 

C’était le début du mois de juillet, une couche de nuages grisâtres couvrait le ciel d’été et empêchait toute circulation d’air. Il faisait chaud, lourd et humide, un temps d’orage larvé. Henry sortit du métro avec un soupir. Il se sentait poisseux et puant. Les rames bondées de l’heure de pointe était un cauchemar quotidien dont il se passerait bien. L’air extérieur était à peine plus supportable que la boîte de sardine souterraine, il s’essuya le front du bras.

Henry raffermit sa prise sur sa sacoche et se mit à marcher. Il ne savait plus pourquoi il s’imposait de descendre une station plus tôt lorsqu’il faisait aussi lourd. Pour sa santé ? Quelles foutaises, il allait juste transpirer un peu plus et mouiller davantage sa chemisette déjà trempée. Il n’avait déjà pas envie de s’enfermer dans son bureau avec des clients toute la journée, il ne faisait qu’aggraver la situation. Mais, s’il ne travaillait pas, qui allait payer les affaires pour le bébé ? La pauvre Margaret vomissait toute la journée, il ne restait plus que lui. 

Sous le soleil occulté de Londres, Henry avançait à grands pas. Un craquement le fit sursauter et il tourna la tête en direction du bruit. Cela provenait d’une ruelle sombre qui puait l’urine et les poubelles. Il fronça le nez et poursuivit sa route. Un adolescent déboula et faillit lui rentrer dedans. Henry fit un pas de côté pour l’éviter. Cette ville était vraiment devenue un repaire de mal élevés et de délinquants.

— Pouah ! Quelle horreur ! s’écria le malotru.

Un homme plus âgé le rejoignit et Henry le fixa, éberlué. 

— Je t’avais prévenu, Sirius. On ne peut pas…

L’homme fixa Henry qui n’avait toujours pas cligné des yeux. Il était vêtu de la plus étrange des façons : un chapeau pointu ornait son crâne grisonnant et une sorte de robe lui tombait jusqu’aux pieds. En silence, il se détourna et s’éloigna le long de la rue, en faisant claquer sa canne à chaque pas, le jeune homme sur les talons.

— Mais, Père !

— Chhht, Sirius. Tu vois bien qu’il y a des moldus.

Henry secoua la tête. C’était encore l’un de ces énergumènes qui peuplaient de plus en plus la ville. Des gens excentriques, souvent plein aux as et qui ne respectaient rien. La preuve, ils avaient failli le percuter et ne s’étaient même pas excusés ! Il leur emboîta le pas, puisque c’était son chemin. Il ne les entendait pas, mais le jeune homme marchait deux pas derrière son père, les mains dans les poches et la tête dirigée vers le sol. Quel sale gosse ! 

Comme par hasard, ils tournèrent dans la rue où se trouvait son bureau. Henry grommela dans sa barbe inexistante. Ces gens étaient des plaies pour l’humanité. Quand il tourna le coin à son tour, ils avaient disparu. Il observa toute la rue et finit par les apercevoir écrasées dans une vieille cabine téléphonique. Des fous !

 


 

— Laisse-moi entrer, Sirius !

Sirius se poussa pour faire de la place à son père et se retrouva comprimé contre la paroi. Orion referma la porte et fit tourner un drôle de cadran avec des numéros. Sirius se jucha sur la pointe des pieds et lut par-dessus son épaule : 6-2-4-4-2. Une voix froide et distante s’éleva aussitôt dans la cabine.

« Bienvenue au Ministère de la Magie. Noms et motif de visite, s’il vous plaît. »

— Orion Black et Sirius Black. J’accompagne mon fils pour son premier jour de stage obligatoire.

Clong clong. Deux badges tombèrent dans le réceptacle du téléphone, puis la cabine commença à descendre. Le niveau de la rue disparut sous les yeux émerveillés de Sirius. Il avait insisté pour que son père l’emmène au Ministère en transplanant, il ne voulait pas emprunter la cheminette et rater l’incroyable expérience de l’entrée des visiteurs que son oncle Alphard lui avait décrite l’année précédente. Il ne regrettait pas la ruelle malodorante et les remontrances d’Orion, ça valait le coût !

« Veuillez vous munir de vos badges et vous rendre au bureau de sécurité dans le fond de l’atrium. Le Ministère de la Magie vous souhaite une bonne journée. »

Après avoir épinglé son badge sur sa veste, Sirius suivit son père jusqu’à un sorcier au physique imposant qui arborait une immense moustache. Orion répéta la raison de leur visite, l’employé du Ministère vérifia leurs badges puis demanda à voir leurs baguettes.

Sirius se défit de la sienne avec répugnance, même s’il comprenait qu’il ne pouvait pas se dérober. L’ambiance était si nauséabonde depuis quelques années que le Ministère avait tenté de mettre en place des mesures pour éviter les visiteurs importuns. 

— Le Département de la Justice Magique est au niveau deux. Vous y accéderez par les ascenseurs situés là-bas. Seul votre fils peut s’y rendre, vous ne pourrez pas l’y accompagner.

— Mais… 

— Il est majeur, monsieur, vous n’avez aucun motif pour le suivre. Et nous ne pouvons pas vous laisser vous promener dans le Ministère sans une bonne raison. Bonne journée.

Orion grommela dans sa barbe. Sirius camoufla un sourire quand il se tourna vers lui et posa une main sur son épaule.  

— À ce soir, Sirius. Prends la cheminette au retour. Passe une bonne journée.

— À ce soir, Père ! s’exclama Sirius, pressé de s’en aller.

A dix-sept ans, Sirius n’était plus un enfant et n’était en rien perturbé par le départ de son père. Après tout, s’il avait été accompagné jusque-là, c'était uniquement parce qu’il avait refusé de prendre la cheminette depuis le Square Grimmaurd. Sirius se dirigea sans hésitation vers les grandes portes en or et attendit son tour avec un tas d’autres gens. Il en profita pour observer les lieux.

C’était la première fois qu’il se rendait au Ministère. Son père n’avait jamais eu l’occasion de l’y emmener auparavant et Sirius détailla avec attention l’atrium dont la taille et la décoration fastueuse étaient impressionnantes. Un parquet impeccablement ciré, un lambris en bois sombre verni aux murs, un plafond magique incrusté de symboles dorés où se déplaçaient d’élégantes arabesques. La fontaine située au centre de l’immense pièce lui fit cependant froncer les sourcils : il n’aimait pas l’air d’adoration gravé sur les visages du centaure, du gobelin et de l’elfe de maison. À la rigueur, l’elfe de maison était cohérent, ces créatures étaient entièrement dévouées aux familles qu’elles servaient, mais Sirius avait appris à Beauxbâtons que les centaures et les gobelins ne portaient pas les sorcier·es en haute estime. 

Il put bientôt entrer dans un des ascenseurs et dévisagea avec curiosité les sorcier·es qui l’entouraient. La plupart étaient en robes – de couleurs différentes en fonction de leurs services d’après les écussons sur leur poitrine – mais quelques-uns portaient comme lui des vêtements moldus, avec plus ou moins de succès dans leur harmonie. Sirius réfréna un ricanement alors qu’il détaillait une femme qui portait un kilt écossais, une paire de bottes de pluie jaune canari et une chemise à froufrous d’un blanc douteux. Ces gens n’avaient jamais appris comment s’habillaient les moldu·es, c’était une évidence, alors qu’il était fier, lui, de pouvoir passer inaperçu dans leur monde. Il avait toujours eu de bonnes notes en cours de vie et mœurs moldues. Il trouvait l’option fascinante et elle représentait une source inépuisable d’inspiration pour rendre sa famille folle de rage. 

Une voix désincarnée – la même que celle de la cabine téléphonique – annonçait les niveaux à mesure que l’ascenseur s’enfonçait dans les entrailles du Ministère, à grand renfort de bruits métalliques. Des sorcier·es entraient et sortaient à chaque étage, ainsi que des hiboux chargés de lettres. Ils s’installaient sur des reposoirs proches du plafond. Le sol juste en dessous d’eux, criblé de fientes malodorantes, était évité avec soin par les utilisateurices. Sirius s’éloigna un peu plus de la paroi. Morgane, faites qu’il ne se fasse pas chier dessus.

« Niveau deux, Département de la Justice Magique. Bonne journée. » fit la voix d’un ton monocorde. 

Sirius se fraya un chemin dès l’ouverture des grilles et suivit les indications inscrites sur les panneaux d’affichage. Cet étage était un vrai labyrinthe avec ses multiples couloirs aux murs beiges et ses nombreuses portes en bois clair. Une moquette bordeaux un peu effilochée par endroits couvrait le sol et étouffait ses pas. 

Il parvint enfin à une double porte battante et son cœur accéléra. Il y avait là deux autres personnes qui semblaient avoir le même âge que lui, ainsi qu’une sorcière plutôt mignonne qui griffonnait quelque chose derrière le bureau d’accueil. Elle avait des cheveux blonds relevés en chignon, un petit nez en trompette et des joues roses. Sirius se pencha par-dessus l’épaule de la fille qui attendait devant lui et son œil attrapa les quelques mots d’un écriteau posé sur le bureau. Elle s’appelait Edith Harris.

Edith redressa la tête et Sirius croisa son regard. Elle lui sourit puis demanda :

— Vous êtes là pour le stage d’orientation, je suppose ? Vos noms, s’il vous plaît. 

Le garçon et la fille devant Sirius se présentèrent : Lewis Freeman et Evelyn Pearce. Quand il s’avança d’un pas et prononça son nom à son tour, les deux autres le regardèrent avec une crainte révérencieuse qui agaça Sirius au plus haut point.

— Il manque quelqu’un, fit remarquer Edith d’un ton pincé avant de replonger la tête dans son parchemin. Tant pis, c’est l’heure. 

Elle se leva de sa chaise et poussa l’une des portes de la main pour laisser passer Lewis et Evelyn. Sirius s’apprêtait à les suivre quand une voix essoufflée s’écria :

— Attendez ! Attendez !

Un jeune homme aux cheveux noirs en bataille et aux lunettes rondes stoppa sa course aux pieds du bureau et faillit s’y encastrer sous les yeux étonnés de Sirius.

— James… Potter… Pardon… pour le retard, haleta-t-il.

— Bien, allez-y, fit Edith en désignant Sirius et James d’une main.

Sirius se détourna et entra dans l’enceinte du Bureau des Aurors, le dénommé James sur les talons.






Cette première matinée s’avéra interminable, Sirius était sur le point de périr d’ennui. Leur petit groupe avait été guidé dans une salle de réunion qui semblait dans un état de délabrement avancé : les chaises grinçaient, la table était éraflée, la moquette grise était sale et les murs étaient plus jaunes que blancs. Certains des lampions magiques clignotaient de façon irrégulière. Ils avaient besoin d’être rechargés et allaient probablement s’éteindre sous peu. Des parchemins écornés à l’encre baveuse, accrochés à côté de la porte, parachevaient l’impression de négligence de l’endroit. On était bien loin de l’image propre et polie de l’atrium. 

Pour la douzième fois en une heure, Sirius étouffa un bâillement. Ses paupières se fermaient toutes seules et il se forçait à rester éveiller. Iels subissaient une présentation sans fin du Bureau des Aurors. 

Rufus Scrimgeour, le Chef du service, les avait félicité·es pour leur choix de stage avant de vanter les mérites de ses équipes à grands renforts de termes élogieux dont il ne semblait pas croire un mot. Sirius y avait à peine prêté attention, il n’avait pas besoin de connaître le nom de tous les sorcier·es du Bureau dès aujourd’hui.

Ensuite, Edith leur avait apporté à boire - un pichet d'eau tiédasse - et était repartie en leur demandant d'attendre le prochain intervenant. Il était apparemment en retard et Edith leur expliqua qu’il revenait d’une intervention de nuit qui s’était éternisée. Sirius avait bu son verre d’eau à petites gorgées en observant sans se cacher ses co-stagiaires pour le mois à venir.

Lewis était un garçon frêle, au visage rond constellé de grains de beauté, avec un nez large et des cheveux blonds foncés, plaqués sur son crâne. Il semblait terrifié. Sirius se retint d’en faire une remarque à voix haute. Evelyn était quelconque, élancée, brune avec un carré droit et lisse qui tombait sur ses épaules. Elle paraissait s’ennuyer tout autant que Sirius et tapotait sur son verre d’eau sans y toucher. James était tout aussi quelconque avec ses mèches noires, ses lunettes et son visage fin. En revanche son regard pétillant de vivacité ne cessait de se poser partout alors que ses mains s’agitaient sur ses cuisses ou dans ses cheveux. Sirius aima immédiatement l’impatience qui transpirait de lui.

Alastor Maugrey était finalement arrivé. Cet homme grand et carré d’épaules, au visage couturé de cicatrices, était une véritable légende pour quiconque s’intéressait un peu au métier et il n’était pas étranger à l’envie de Sirius de faire carrière chez les Aurors. On racontait partout – jusqu’en France ! – qu’il avait rempli la moitié des geôles d’Azkaban à lui seul. Et ce n'étaient pas les candidat·es qui manquaient depuis qu’un certain Lord Voldemort faisait parler de lui. Son intervention fut la plus appréciable de la matinée, mais Sirius se demanda à quel point il était encore sain d’esprit tant il insista, avec une lueur de folie dans le regard, sur la vigilance comme qualité indispensable pour survivre dans le milieu. 

Iels supportaient maintenant le monologue d’un jeune Auror, un certain John Dawlish. Il était à peine plus âgé qu’elleux et Sirius le trouvait chiant à mourir. Il leur racontait en long, en large et en travers le travail d’un·e Auror, et insistait sur l’administratif obligatoire. De quoi les dégoûter avant même de commencer !

Lorsqu’il leur annonça que l’heure du déjeuner était arrivée, Sirius lâcha un soupir bruyant. Il ramena sur ses quatre pieds la chaise sur laquelle il se balançait depuis un moment, se leva et s’étira. Il se tourna vers son voisin et lui tendit la main avec un sourire.

— Hey ! On a pas eu le temps de se présenter ! Sirius Black.

— James Potter… répondit le garçon avec un air dubitatif sans prendre sa main.

— Ha ha ha ! C’est de ton nom dont t’es pas sûr ? s’esclaffa Sirius en haussant un sourcil.

Le visage de James se ferma et ses yeux lancèrent des éclairs. Cela ne perturba pas Sirius le moins du monde, il était habitué aux réactions étranges en réaction à son patronyme et à sa personnalité.

— Nan, répliqua James en croisant les bras. J’suis étonné qu’un Black veuille devenir Auror ! Vous êtes plutôt dans l’aut’ camp, vous.

Le sourire de Sirius s’élargit encore un peu plus. 

— Ouais, t’as raison sur ce point, ma famille est plutôt dans l’autre camp. Moi pas. Je passe ma vie à chercher à les mettre en rogne.

— OK. Comment ça s’fait que j’t’ai jamais vu à Poudlard ?

— Je suis à Beauxbâtons. 

James fronça les sourcils.

— Ouais, je sais, c’est bizarre.

Il se rappelait encore les réactions de son oncle Cygnus et sa tante Druella quand Orion leur avait annoncé que Sirius et Regulus n’iraient ni à Poudlard ni à Durmstrang.

 

— Orion, vous n’y pensez pas ! Mais quel déshonneur ! s’était exclamée sa tante.

— Beauxbâtons est un repère de traîtres à leur sang et de sang de bourbe. Orion, je vous en prie, reprenez vos esprits ! avait exhorté son oncle.

— Mes parents m’ont inscrit à Beauxbâtons pour que je comprenne les origines françaises de notre famille et mes enfants feront de même, avait répliqué Orion d’un ton sans appel.

 

Sirius n’avait pas compris à cette époque ce qui choquait tant son oncle et sa tante. Il avait fini par saisir à quel point la devise de la Noble et Très ancienne Maison des Black « Toujours Pur* » était ignoble et que c’était ce genre de déshonneur qu’iels voulaient éviter. Qu’il soit contaminé par tous ces gens inférieurs…

L’arrivée d’Edith dans la salle de réunion arracha Sirius à ses réflexions. 

— Pour le déjeuner, vous avez accès à la cantine du Ministère avec votre badge. Vous pouvez également manger à l’extérieur si vous préférez. Vous devrez être revenus ici dans une heure, expliqua-t-elle.

Sirius observa Lewis et Evelyn sortir en silence de la pièce à la suite de la sorcière puis il échangea un regard avec James. Ce dernier semblait attendre quelque chose. La tête un peu penchée sur le côté, il arborait un air énigmatique et remonta ses lunettes sur son nez d’un geste machinal. Sirius le détailla des pieds à la tête et nota ses Converse, son jean pattes d’eph et son t-shirt au motif floral. 

— Tu veux aller avec les autres à la cantine ou on sort ? 

— J’suppose qu’on peut sortir…

— T’as de l’argent moldu ?

— Nan. Mais on peut prendre une cheminée jusqu’au Chemin de Traverse et manger côté sorcier.

Sirius accepta la proposition de James d'un hochement de tête et ils sortirent l’un après l’autre. Se rendre jusqu’au Chemin de Traverse ne prit que quelques minutes et bientôt les deux garçons s’installèrent à une table du Chaudron Baveur. La tourte à la viande affichée au menu du jour fit saliver Sirius d’avance.

— Bon, alors, raconte un peu, Black, pourquoi tu fais ton stage chez les Aurors ?

— Pour la même raison que toi, je suppose. Je veux être Auror après Beauxbâtons. 

— Tu penses qu’t’as tes chances pour passer les sélections après tes exam’ ?

— Ouais, sans problème ! Et toi ?

Sirius remarqua que James le dévisageait avec insistance. Leurs plats arrivèrent et James attaqua son repas. Puis il releva la tête et lui répondit :

— J’pense que oui. L’un d’mes amis est le meilleur de la promo, il va m’aider à bosser l’année prochaine, pour avoir des optimals partout !

— Sympa de sa part, commenta Sirius en enfournant une grande bouchée de tourte.

— Ouaip, c’est le mec le plus cool que je connaisse.

Ils terminèrent leur déjeuner en discutant des différences entre les matières de Beauxbâtons et Poudlard. Ils réalisèrent que les plus grosses disparités étaient les noms de celles-ci.

Il fallut moins de temps que cette heure de déjeuner à Sirius pour être persuadé qu’il allait aimer James, bien que ce dernier semblait encore sur la défensive avec lui. Il était souriant, solaire même. Ses yeux s’éclairaient quand il parlait de ce qu’il aimait et lorsqu'il s’agissait de ses ami·es, ils pétillaient. Il ébouriffait régulièrement sa tignasse noire d’une main nonchalante et remontait ses lunettes sur le haut de son nez dans un tic que Sirius trouvait amusant. Il se demanda s’il n’était pas né moldu ou sang-mêlé. Les sorciers de sang pur avaient rarement besoin de lunettes. Cette idée l’enchantait : plus il s’entourait de personnes indésirables aux yeux de sa famille, mieux il se portait. 

Le reste de la journée se déroula dans une ambiance similaire à la matinée : on leur fit remplir quelques questionnaires puis iels durent classer des dossiers dans la salle des archives. Sirius avait l’impression qu’il allait se noyer sous les monceaux de feuilles racornies, usées et qui sentaient le renfermé. Lewis n’ouvrit pas la bouche une seule fois et Evelyn marmonna toute l’après-midi. James resta silencieux lui aussi, même si ses doigts tapotaient le bureau à intervalles réguliers, et Sirius croisa souvent son regard qui semblait le fixer.

Quand sa première journée de stage s’acheva, Sirius dédaigna la cheminette et rentra chez lui de la même manière qu’il était arrivé, en transplanant. Après tout, quel était l’intérêt d’avoir son permis s’il ne l’utilisait pas ? 

 

 


 


 

 

Deux semaines s’étaient écoulées depuis le début du stage. Deux semaines à la fois intenses et fastidieuses pour Sirius. Il avait été réparti en binôme avec James, pour son plus grand plaisir. Il avait découvert un garçon curieux et espiègle qui avait toujours une plaisanterie au bord des lèvres et il l’appréciait beaucoup. James semblait rester sur la réserve concernant Sirius, mais ce dernier ne s’en inquiétait pas. Il était persuadé qu’ils finiraient par devenir les meilleurs amis du monde. En réalité, il avait tellement envie d’y croire qu’il ne pouvait imaginer un univers dans lequel ça se passerait autrement. 

Certaines journées avaient été exceptionnelles, notamment celles passées avec les équipes d’Aurors ou les aspirant·es. Il avait écouté les conversations des professionnel·les à propos de la magie noire et avait aussitôt été transporté dans ses souvenirs du manoir Black, dans les remarques abjectes de sa mère, dans les rires déments de sa cousine lorsqu’elle torturait les poupées de sa sœur qui voulait en faire des nées moldues. Iels avaient ici achevé de le convaincre, il allait devenir Auror et s’il fallait toustes les mettre derrière les barreaux, ce ne serait pas un problème.

D’autres avaient en revanche été longues et monotones. Sirius et James avaient préparé des litres de thé et de café pour les équipes. Ils avaient passé des heures à remplir divers documents et questionnaires barbants auxquels ils ne comprenaient parfois pas un mot. Et surtout, surtout, ils avaient rangé des tonnes de paperasse : des compte-rendus d’arrestations, des interrogatoires, des listes de pièces à conviction, des notes de services… Sirius se demandait si le service ne laissait pas les dossiers s’empiler toute l’année pour les faire trier exprès par les stagiaires durant l’été. 

Le rangement des documents administratifs n’était pas sa plus grande passion et aurait pu devenir insupportable s’il avait été seul lors de cette tâche. James avait animé la multitude d’heures de classement avec ses histoires de Poudlard qui avaient fait naître tout un tas de fous rires chez Sirius. Le tri n’avançait pas très vite tant ils s’interrompaient pour lire des comptes-rendus ou s’esclaffer sur des noms étranges. Et Sirius s’y connaissait en noms étranges : sa famille avait l’odieuse lubie de s’inspirer d’étoiles ou de constellations histoire de bien plomber toute votre vie avant même votre naissance.

Cette après-midi là, James n’avait pas envie de ranger et l’avait vite fait comprendre à Sirius. Ils s’étaient lancés dans une discussion sur les différents sorts de destruction qu’ils maîtrisaient et comparaient les cours qu'ils avaient reçu, ainsi que leurs connaissances personnelles.

— J’aime bien Incendio, c’est propre et facile, argumenta James.

— Ouais, mais c’est pas très puissant…

— Tout dépend sur quoi tu l’jettes ! Tiens, ici par exemple, ça ferait des dégâts monstrueux !

Sirius jeta un regard autour de lui. Ils étaient dans la salle des archives, assis à une petite table sur laquelle était posé l’énorme carton rempli de documents poussiéreux qu’ils devaient trier. Il y avait encore des dizaines de cartons du même genre empilés contre un mur, de quoi les occuper jusqu’à la fin du stage sans aucun doute.

— Tiens, donne-moi la corbeille, je vais t’montrer, insista James en remontant ses lunettes sur son nez.

— T’es sûr ?

— Ouaip ! Donne, je t’dis ! C’est même tellement simple que je sais le jeter en informulé.

Sirius lui tendit la poubelle et James la posa un peu plus loin. Il s’éloigna, visa de sa baguette et une flamme en jaillit avec tant de vigueur qu’elle en incendia le contenu, rebondit sur le récipient de métal et termina sa course sur la table. Juste sur un dossier ouvert. Il s’embrasa.

— Par les couilles de Merlin ! s’exclama Sirius.

Il dégaina sa baguette et inonda les papiers d’un Aguamenti, puis il éteignit également le feu qui continuait de consumer la poubelle. 

— James… On est dans la merde !

— Ouaip… Fais chier ! grimaça-t-il. J’pensais vraiment pas qu’ça allait ricocher.

Sirius s’approcha du dossier. Il était ruiné : un énorme trou en plein milieu et complètement détrempé. Il le referma, la couverture semblait intacte. Mais la pièce entière sentait le brûlé.

— Bon, on va le ranger et on fera comme si rien ne s’était passé, décida Sirius.

— Tu vas rien dire à Dawlish ?

— Pourquoi je lui dirais ? 

Le visage inquiet de James s’illumina alors d’un grand sourire. Sirius le lui rendit puis fit disparaître d’un sort les restes brûlés dans la corbeille et l’eau qui avait dégouliné sur l’ensemble de la table.

— Tiens, va remettre ça à sa place et on en parle plus, dit-il en tendant le dossier à James.

Ce dernier s’éloigna dans les rayonnages infinis de la salle des archives. Sirius se remit au rangement en attendant qu’il revienne, ils allaient finir la tâche qu’on leur avait assignée pour ne pas provoquer de questions.

À la fin de la journée, Dawlish vint contrôler leur travail. Il vérifia le nombre de cartons vidés et redressa la tête en humant l’air.

— Ça sent le brûlé, ici. Qu’est-ce que t’as fait comme connerie, Potter ?

— Rien du tout !

— Écoute, l’odeur vient pas de nulle part et je sais très bien quel genre de gamin tu es. Mon frère est à Poudlard et il m’a raconté pas mal de choses. Ta réputation te précède, mon gars. Avoue, ça ira plus vite !

Sirius vit rouge. Il savait que James était coupable, mais il ne trouvait pas correct de l’accuser sur la base de rumeurs colportées par son frère. Un bon Auror n’agirait pas comme ça ! Dawlish n’avait pas l’air d’avoir envisagé qu’il soit responsable, simplement parce que son nom provoquait respect et crainte chez les gens.

— Il n’a rien fait, déclara alors Sirius. 

— N’essaie pas de couvrir ton pote, Black. 

— Je ne couvre personne, assena-t-il avec aplomb, la tête haute et les bras croisés.

L’Auror le regarda avec suspicion puis soupira.

— Bon, dégagez de là tous les deux. La journée est finie.

Sirius obtempéra sans traîner et James le suivit dans les couloirs. Ils se rendirent jusqu’à l’atrium en silence et s’arrêtèrent à quelques pas de la fontaine de la fraternité.

— Merci pour c’que t’as fait, Black. T’étais pas obligé.

— Aucun problème ! Ça sert à ça les amis, non ?

James le fixa un instant sans répondre, il semblait réfléchir. Puis l’un de ses sourires solaires éclaira son visage. 

— Ouaip, c’est pas faux. Merci. On se voit lundi ?

— On se voit lundi. Bon week-end, Potter ! 

Sirius se dirigea vers l’une des cheminées, il n’avait pas envie de passer par la cabine téléphonique ce soir. Il glissa une noise dans le réceptacle prévu, attrapa une poignée de la fine poudre mise à disposition dans un pot accroché au mur et la lança dans l’âtre. Il s’engagea dans les flammes vertes et se retourna vers l’Atrium. James était encore là et le regardait en ébouriffant ses cheveux d’une main.

— Hey, Potter ! Ne fais rien cramer, OK ? cria-t-il en riant.

James éclata de rire et leva le pouce, avant de disparaître à son tour dans une cheminée. Sirius prononça le nom de sa destination et la sensation habituelle de tournoiement lui donna la nausée. Il détestait vraiment prendre la cheminette.




 


 

— Vérifie qu’il y a personne, OK ?

Sirius posa son oreille contre le battant de bois et écouta. Tout était silencieux. Il tourna la tête vers James qui attendait au bout du couloir et s’assurait que personne n’arrivait.

— Y a personne ! Viens !

Les deux garçons se faufilèrent dans la salle de réunion. Ils avaient eu l’occasion d’en visiter plusieurs, mais celle-ci était la plus déprimante. Sirius se rappelait encore de la torture de la première matinée. Il était temps de remédier à cet affront au bon goût !

— Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?

— J’pensais que t’y avais déjà réfléchi, Black !

— Ah ouais, j’y ai réfléchi. Il y a tellement d’options que je sais pas laquelle choisir.

— Dis-moi tout !

Sirius se lança dans un récit argumenté des différentes possibilités pour redécorer et égayer cette pièce qui aurait donné des envies de suicide à la personne la plus enjouée du monde. La couleur des murs rendait malade, la moquette semblait n’avoir jamais été lessivée, les lampions étaient ébréchés, les parchemins sur le point de tomber en poussière. Sirius aurait bien aimé tout changer, mais le risque de se faire prendre était élevé et il ne voulait pas mettre en péril sa future place à l’académie. Il fallait envisager les choses avec raison, pour cette fois-là tout au moins.

— J’ai ramené des confettis moldus, je les ai trouvés dans un magasin l’autre jour. Y avait plein de trucs sympas pour faire des blagues.

— Oh, tu pourras m’y emm’ner ? J’aimerais bien voir ce qu’ils font les moldus pour s’amuser.

— Ouais, bien sûr !

Sirius sortit un grand sachet en papier de sa besace. Il le posa sur la table et l’ouvrit avec précaution. Quelques confettis colorés s’en échappèrent et voletèrent jusqu’à la moquette grise.

— Et ils font quoi de spécial ces confettis ? demanda James avec les yeux brillants d’excitation.

— Heu… Ben rien, c’est des confettis quoi. 

La déception se lut aussitôt sur le visage de James, mais il retrouva vite le sourire et haussa les épaules en se passant une main dans les cheveux.

— C’pas grave, on va trouver de quoi en faire un truc sympa quand même, décida-t-il.

Sirius fit le tour de la pièce à pas lents et observa les lieux avec attention. Il s’arrêta un long moment devant l’un des lampions qui clignotaient comme s’il allait rendre l’âme.

— Lux ! lança-t-il sur le lampion à l’agonie.

La lumière cessa de clignoter et se vivifia. Elle éclairait maintenant la pièce d’un beau halo jaune brillant. Le résultat était parfait. Sirius se félicita d’avoir observé Kreattur recharger les globes du Square Grimmaurd.

— Hey ! On va recharger les lampions et y mettre les confettis ! s’exclama-t-il, en sautillant de joie à son idée. Ça va mettre un peu de couleurs ici.

James approuva d’un cri enthousiaste. Sirius dut lui montrer le sortilège deux fois avant qu’il y parvienne à son tour. La pièce brilla bientôt de mille feux.

Sirius hocha la tête, satisfait du résultat. Maintenant venait la partie la plus délicate : il fallait mettre les confettis dans les lampions alors qu’ils étaient scellés.

— Et si on les grossissait un peu d’abord ces confettis ? proposa James qui observait une poignée des petits bouts de papiers colorés dans sa paume.

— Excellente idée, Potter. Je te laisse t’en charger !

Sirius se concentra sur ses souvenirs, le charme de transfert n’était pas aisé. Il l’avait appris l’an passé, mais il ne le maîtrisait pas parfaitement. 

— On va faire des tas au pied de chaque lampion, ça sera plus facile, décida-t-il.

Il prit de grosses poignées de confettis et les déposa sur la moquette hideuse. James le suivait et tenait le sachet en papier tout en commentant la quantité que Sirius déversait au sol.

— Bon, allons-y… Pfff… 

Sirius se plaça face à un lampion qui brillait avec vigueur et porta toute son attention sur son sortilège.

— Translatio confettis ! prononça-t-il distinctement avec une arabesque de sa baguette.

Rien ne se passa.

— … Translatio confettis ! répéta-t-il en accentuant ses gestes.

Les confettis s’élevèrent alors en direction de la baguette de Sirius et ce dernier s’empressa de les diriger vers le lampion. Le charme ne durait que quelques secondes et s’il s’achevait avant que les confettis soient dans la sphère de verre, il faudrait tout recommencer.

Tout se passa comme il l’avait prévu et bientôt le lampion fut empli des gros confettis colorés. Seul l’un deux était resté collé à l’extérieur. Sirius décida de le laisser là.

— Et de un ! Vas-y, fais les autres maintenant ! s’extasia James par-dessus son épaule.

Remplir les lampions leur prit toute la pause déjeuner. Leurs estomacs criaient donc famine tandis qu’ils observaient avec un air réjoui la salle de réunion qui ressemblait désormais à un sapin de Noël. 

— T’es un génie, mec ! Ouaip, un génie ! le félicita James d’une grande tape dans le dos.

Ils ressortirent de la pièce avec discrétion et rejoignirent le bureau de Gawain Robards qui devait leur montrer comment on remplissait un compte-rendu de mission cette après-midi-là. Une tâche rébarbative que l’Auror rendait encore plus ennuyante par sa seule façon de parler.

Sirius ne regretta pas d’avoir faim tout le reste de la journée, surtout quand il entendit la voix énervée de Rufus Scrimgeour s’élever de la salle de réunion vers seize heures. Il échangea un regard avec James et retint le sourire qui lui vint aux lèvres, c’était une excellente journée en définitive.

 


 


 

Les mains posées sur ses hanches, Sirius se pencha en avant et souffla. Ses côtes se soulevaient avec force, son cœur tambourinait jusque dans ses oreilles. La bouche sèche, il déglutit péniblement. La sueur coula le long de ses tempes et goutta sur la pelouse. Merlin, il allait crever.

— Alors, Black, on est déjà fatigué ? se moqua leur encadrant.

Sirius grogna et se redressa, il n’avait pas envie de passer pour un incapable. Il se remit à marcher puis à trottiner derrière Lewis et Evelyn qui venaient de le dépasser. Ils ahanaient si fort que Sirius se demanda si l’un des deux n’allait pas s’écrouler avant la fin de l’entraînement – à moins qu’il ne le fasse en premier. James, vingt mètres devant tout le monde, gardait le rythme donné par Robards. 

Sirius n’aurait jamais imaginé qu’il était nécessaire de courir ou de se muscler pour être Auror et il déchantait. Autant James semblait avoir été fait pour ça, autant lui avait l’impression qu’il allait mourir d’un instant à l’autre. Il avait appris que les Aurors avaient un entraînement sportif intensif pendant leurs études qu’iels entretenaient par la suite à l’occasion de séances hebdomadaires. Séance à laquelle les quatre stagiaires participaient pour la première fois. 

Malgré la difficulté, Sirius ne se plaignait pas. Parce que ce stage avait tenu toutes ses promesses et que le jeune homme était convaincu de son futur choix de carrière. Évidemment, il restait encore une infime possibilité pour qu’il ne devienne pas Auror, s’il n’avait pas assez d’optimals à ses examens de septième année ou s’il ratait les tests d’admission à l’académie des Aurors. Mais Sirius était confiant, il travaillait dur pour mettre toutes les chances de son côté et connaissait ses capacités. Ce stage pour tous les jeunes britanniques entre la sixième et la septième année du premier cycle était destiné à aider les adolescent·es à s’orienter sur leur choix de carrière. Bien que Sirius n’en ait pas besoin, il était heureux d’avoir d’ores et déjà un pied dans le Bureau. Il connaissait maintenant toustes les Aurors et une partie des enseignant·es, il avait arpenté les couloirs en long et en large et s’y sentait déjà chez lui. Cerise sur le gâteau, il avait rencontré James et ce dernier illuminait sa vie d’une façon étonnante.

Sirius avait quelques ami·es, mais n’avait jamais tissé de liens forts à Beauxbâtons. Ses vacances d’été à Londres lui avaient toujours semblé ennuyeuses parce qu’il ne connaissait personne de son âge – exceptées ses cousines. Pourtant ses ami·es de l’école ne lui manquaient pas vraiment. Mais James… James était de ces personnes qui vous percutent lorsque vous les rencontrez, soit on l’adorait, soit on le détestait. Sirius avait décidé qu’il adorait James et il ne se l’expliquait pas. Il pressentait déjà qu’ils pourraient devenir inséparables.

Quand Robards annonça la fin de la séance, Sirius se laissa tomber sur le dos, les paupières closes, le temps de reprendre sa respiration. Il avait transpiré des litres d’eau sous le soleil de juillet et sa langue était parcheminée tant il avait soif. L’herbe rase chatouillait ses bras et ses mollets nus, mais il n’avait pas la force de se relever. Un changement de luminosité lui fit rouvrir les yeux, une silhouette s’était mise entre lui et les rayons brûlants de l’été. Il n’en distinguait pas le visage à contre-jour.

— Soif ?

Sirius reconnut la voix de James. Il leva le pouce, incapable de parler. 

— Aguamenti !

Un jet d’eau atterrit sur le visage de Sirius qui se rassit aussitôt en toussant et en s’étouffant. James éclata de rire.

— Espèce de crétin ! 

Mais Sirius n’était pas fâché, cela avait au moins eu le mérite de le rafraîchir et s’il était honnête il n’aurait probablement pas résisté à la tentation si les rôles avaient été inversés. Il se leva et rejoignit les autres stagiaires ainsi que Robards, accompagné du rire clair et joyeux de James.

— La séance est finie pour vous les jeunes, vous pouvez utiliser les vestiaires pour une douche si vous voulez. Vous avez trente minutes pour me retrouver au Bureau et signer la fin du stage.

Lewis et Evelyn se dirigèrent vers les douches sans attendre. Sirius tira sur son élastique et passa une main dans ses cheveux mouillés et emmêlés dans lesquels il trouva un brin d’herbe humide qu’il jeta négligemment. D’un geste assuré, il les rattacha sur sa nuque en un chignon flou.

— T’as prévu des trucs ce soir ? lui demanda James en marchant vers les vestiaires

— Non, mes amis de Beauxbâtons habitent pas vraiment dans le coin. Et mon frère est pas ce qu’on peut appeler un boute-en-train… Je vais peut-être enfin commencer la rédaction du rapport de stage.

— Tu vas pas écrire ton rapport de stage un vendredi soir, Black ! En plus, on a deux semaines encore pour le rendre. J’sors avec des amis de Poudlard, tu veux v’nir ?

Sirius hésita. D’un côté, il mourait d’envie de connaître les gens dont il entendait parler depuis un mois, iels semblaient fascinant·es. De l’autre… Non, en réalité, il avait envie de sortir. 

— Ouais, d’accord ! Il faudra que je passe chez moi pour me changer et prévenir mon père, répondit-il. 

— Ouaip, pareil pour moi. Prévoit des fringues moldues, on s’retrouve au Chaudron Baveur à sept heures. 

Sirius hocha la tête et prit une douche rapide. Il se rhabilla et se rendit au Bureau avec ses co-stagiaires. Ils signèrent un document et furent libérés. 

Leur stage obligatoire était terminé.

 

Notes:

*La devise des Black est en français dans l’œuvre originale, Sirius la connait donc dans cette langue.

Titre de l'histoire : Under Pressure (Queen & David Bowie)

Titre du chapitre : Here comes the sun (The Beatles)