Chapter Text
Jake était un petit garçon de dix ans à peine.
Comme tous les petits garçons de son âge, il allait à l’école, s’amusait avec ses copains, et jouait au baseball avec son père.
Il avait une enfance heureuse.
Jusqu’à aujourd’hui.
Aujourd’hui était le pire jour de son existence.
Depuis plusieurs mois, Jake soupirait après la même fille de son école, la plus jolie à vrai dire et il avait multiplié les attentions. Il partageait son goûter, l’aidait à faire ses devoirs et il était même allé jusqu’à la porter sur son dos quand elle lui avait dit avoir mal aux pieds.
Il pensait sincèrement avoir fait tout ce qu’il fallait.
Il avait donc décidé d’officialiser les choses entre eux aujourd’hui. Il avait économisé son argent de poche et avait acheté une petite boite de chocolat et cueillit des jolies fleurs dans le jardin de sa voisine, qui ne manquerait pas de la traiter de voyou quand elle le croiserait.
Puis, il était allé chez elle pour lui offrir ses jolis cadeaux mais Jake avait été devancé par Arthur, un garçon de son école et il ne comprenait pas, mais l’image de leur baiser le hanterait toute sa vie.
Il était partit hébété.
Il avait marché sans but précis, sans vraiment y penser. Il avait atterrit dans un parc et s’était laissé tomber sur un banc. Il avait donné son amour, son cœur et elle l’avait seulement piétiné.
C’était violent.
– Est-ce que tu pleures ?
Il releva la tête vivement.
Une fille, d’environ son âge, se trouvait devant lui, les sourcils froncés. Jake se redressa et essuya ses larmes.
– Non, marmonna-t-il.
– Ah, je vois, répliqua-t-elle. Tu as une méchante poussière dans l’œil alors.
Elle s’installa sur le banc d’un bond ce qui le désarçonna. Jake était d’une timidité déconcertante mais cette inconnue semblait être à l’aise en toutes circonstances.
Quelque part, il enviait cette aisance.
– Je… Oui, c’est ça.
– Je connais bien. Ça m’arrive tout le temps. Je m’appelle Maggy.
– Jake, se présenta-t-il.
– Ce sont des jolies fleurs. Pour qui sont-elles ?
– Une fille, soupira-t-il.
– Mais tu m’oses pas lui donner, c’est ça ?
– J’en avais l’intention mais… Elle ne les mérite pas.
– Alors elle ne doit pas les avoir, trancha-t-elle. Mais si on ne s’en occupe pas elles vont mourir.
– Elles vont mourir de toute façon, répliqua-t-il.
– Alors que leurs morts servent à quelque chose. J’ai une idée.
Et Jake avait suivi cette drôle de fille.
Ils avait passé l’après-midi à donner une fleur du bouquet de Jake à toutes les femmes qu’ils avaient rencontrés. Jake avait vu toutes sortes d’émotions passer sur leurs visages. La surprise, la joie, la mélancolie…
Une pensée, quelle qu’elle soit, faisait toujours plaisir.
Ils avaient fini la journée sur leur banc à manger les chocolats en se racontant des blagues. Maggy était une fille pleine de vie. Elle n’était pas spécialement belle mais son cœur n’était que bonté et c’était ça qui plaisait à Jake.
Finalement, cette journée de St Valentin était la plus belle de sa vie.
– Et après ? demanda Christopher. Il s’est passé quoi ? Ils sont tombés amoureux ?
– Il ne se sont plus jamais séparé, confirma Eddie.
– Ça veut dire que je dois aller voir Ann ou pas, alors ?
– Ça veut dire que tu dois écouter ton cœur, Christopher.
– Mais si elle préfère un autre garçon ?
– Alors c’est qu’elle n’est pas faite pour toi. Et tu devras alors te concentrer à ouvrir ton cœur pour voir ton véritable amour, pour voir celle qui est faite pour toi.
– Mais si c’était Ann ?
– Tu le ne sauras qu’en allant la voir. Chris, tu as dix ans, tu as tout le temps de trouver l’amour. Si c’est Ann alors tant mieux. Si ce n’est pas elle, alors tu en rencontreras une autre, encore plus parfaite.
– Oui mais quand ?
– Ne sois pas si pressé, le gronda-t-il gentiment. Tu sais, je pense vraiment que ça ne sert à rien de courir après l’amour. C’est l’amour qui te tombe de dessus, comme il est tombé sur Jake.
– Et comme il est tombé sur toi.
– Oui, comme il est tombé sur moi, confirma Eddie avec un sourire.
Christopher acceptait parfaitement sa nouvelle relation et Eddie en était soulagé. Il n’avait pas fait la même crise que lorsqu’il lui avait parlé d’Ana et ça avait été un véritable soulagement pour lui.
Cette St Valentin pourrait bien être la plus belle depuis plusieurs années.
– Papa je n’aime pas trop la St Valentin, affirma soudain Christopher. Ça m’angoisse
– Moi aussi ça m’angoisse, lui confia-t-il. En plus, je suis nulle en cuisine alors… double angoisse.
– Oui, j’avoue, ça craint. Tu vas faire comment ?
– Je n’en sais encore rien, admit Eddie avec un soupir.
– Mais la St Valentin c’est aujourd’hui.
– C’est bien le problème.
– Ne t’inquiète pas, papa. Je vais t’aider à tout préparer. Ça sera parfait pour ton rendez-vous.
– Je ne sais vraiment pas ce que je ferai sans toi, affirma sincèrement Eddie. Je t’aime, mon fils.
– Moi aussi je t’aime, papa.
