Chapter Text
Dans les faits, Killian n'avait pas vraiment été surpris d'apprendre que Peter Pan avait formé un gang avec les différents enfants de la ville.
En un sens, c'était ce que représentaient déjà plus ou moins les garçons perdus au Pays Imaginaire, des enfants déboussolés et perdus, sans famille et sans autre endroit où aller ou qui avaient été arrachés à leur foyer et qui n'avaient pas d'autre choix que d'obéir à celui qui avait pourtant ruiné leurs existences.
Ils lui avaient fait confiance, l'avaient détesté, avaient sans doute voulu fuir, s'étaient ralliés à lui, avaient sans doute perdu l'espoir d'un jour revoir leurs familles ou leurs amis, mais au bout du compte, ils l'avaient servi en pensant probablement qu'ils n'avaient pas d'autre choix.
Et le pire dans tout ça, c'était à quel point c'était véridique.
Ça aurait dû changer normalement, avec sa défaite et sa chute, ça aurait dû être différent, ils auraient dû être libres, enfin, avoir la possibilité de faire leurs propres choix au lieu de se retrouver dans le même carcan étouffant qui n'avait de différent que le nom.
Ils n'étaient plus les garçons perdus.
Ils étaient les membres du gang du crâne, et Killian ne savait pas combien ils étaient au juste, mais il savait qu'en tant que James Rogers il y avait été confronté autrefois, en tant qu'adolescent, qu'il avait failli les rejoindre d'après ses faux souvenirs, alors qu'ils étaient dirigés par quelqu'un d'autre que Peter Pan.
Il était heureux que son alter-ego ne l'ait pas fait, même temporairement, il se serait senti mal à la moindre idée d'avoir coopéré avec Peter Pan, même indirectement, même involontairement, même sans que ce soit vrai.
Il ne savait rien d'eux en vérité, en dehors des bruits qui couraient à leur sujet, qu'ils étaient des enfants sans famille, orphelins, venant d'autres villes, obéissant à leur chef, Malcolm, qui semblait être la seule personne à qui ils faisaient confiance en dehors des autres enfants du gang, et c'était le pire choix possible, sauf qu'ils ne le savaient même pas.
Ils méritaient bien mieux, et lui, le pirate, il ne pouvait rien faire pour les sauver.
Il n'avait rien fait à l'époque, quand ils étaient sur l'île et qu'il ne pensait qu'à sa vengeance, et maintenant qu'il aurait voulu les aider, il en était incapable.
Il semblait même incapable de faire quoi que ce soit tout court.
Il avait tenté de contacter certains de leur membres parmi les plus âgés, pas encore adultes mais presque, qui arboraient comme signe distinctif un tatouage en forme de crâne, mais ils l'avaient évité à chaque fois, et peut-être que s'il avait fait parti du gang autrefois, ça aurait facilité les choses finalement.
Il se demanda si Wendy Darling en faisait parti, de ce gang, si après avoir été la prisonnière de Peter Pan pendant des siècles elle l'avait rejoint malgré elle, si un crâne ornait un de ses bras, si elle avait gravé dans sa chair sans l'avoir voulu son allégeance au monstre qui l'avait séparée de sa famille.
Il espérait pour elle que non, mais il ne pouvait pas le savoir.
Il ne savait même pas qui faisait parti de ce gang, en dehors des garçons de l'île, il ne connaissait aucun des enfants de Storybrooke à part Wendy et Henry, ils ne portaient sans doute même plus ces noms-là.
Tous les enfants de la ville n'étaient pas membres du gang, ceux qui avaient encore une famille (la leur ou bien celle d'une autre? Étaient-ils élevés par des gens qui n'étaient même pas leurs parents?) et qui allaient à l'école, et encore ce n'était même pas certain pour eux.
Certains étaient tentés d'après ce qu'il avait entendu dire, étaient à deux doigts de fuguer de chez eux, et Killian aurait aimé pouvoir les en empêcher, voler au moins ça à l'immortel, mais il ne savait rien de ces enfants ou de leurs vies.
Et il ne savait toujours pas où était Henry.
Se levant du banc sur lequel il s'était assis peu avant pour essayer d'approfondir ses recherches, il quitta le parc où il s'était rendu quelques heures plus tôt et soupira.
Pour l'instant, c'était un échec.
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Comme pour beaucoup de choses qui ne le concernaient pas directement ou dont il n'avait que peu parlé, Killian mit un certain temps à se rappeler l'existence du livre de contes d'Henry Mills.
Pourtant, quand quelques jours après le début de la malédiction, il y songea enfin, ce fut presque comme une évidence.
Il en avait entendu parler par Regina, l'objet que Mary-Margaret (Blanche-Neige, se força-t-il à se rappeler, elle s'appelait Blanche-Neige) avait offert à Henry sans savoir ce que ça allait déclencher, le livre qui avait permis à Henry d'apprendre l'existence de la malédiction, qui lui avait fait réaliser que quelque chose n'était pas normal, qu'un truc clochait.
Qui lui avait donné envie de ramener la Sauveuse à la maison, la seule personne qui pouvait tout arranger.
Ce n'était peut-être qu'un livre ordinaire et pas un objet magique, mais ça avait tout changé, et ce ne serait peut-être pas suffisant pour qu'il récupère la mémoire, mais ça pouvait le faire douter.
Henry était toujours le plus pur des croyants après tout, si Peter Pan n'avait pas menti sur une chose ça devait bien être ça, et même une malédiction ainsi qu'une amnésie et une nouvelle identité ne pouvaient pas lui avoir enlevé ça.
Enfin, à condition que Peter Pan n'ait pas détruit le livre dès qu'il en avait eu l'occasion…
Il espérait que non, soit qu'il ne soupçonnait pas l'importance potentielle du livre, soit qu'il en soit conscient et l'ait mis sous clef quelque part, là où personne ne pourrait le trouver, narguant les autres habitants en cachant parmi eux l'une des seules choses qui aurait pu les sauver.
Il priait pour que ce soit ça et pas autre chose.
Peut-être qu'il était dans les archives de la bibliothèque, c'était l'endroit le plus logique où cacher un livre, et il songea que si jamais c'était le cas, il allait avoir beaucoup de mal à y avoir accès.
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S'il avait su qu'en réalité le livre se trouvait à la mairie, au milieu des différentes archives de la ville, gardé par des gens engagés par Albert Spencer (il ne savait pas pourquoi c'était si important que personne ne puisse s'en emparer, mais suivre les conseils de cet étrange garçon, Malcolm, lui avait toujours été profitable alors il ne voyait pas pourquoi il aurait arrêté.), il aurait sans doute été soulagé et inquiet.
Parce qu'effectivement, mettre la main dessus n'aurait rien de simple, tout pirate expérimenté et voleur hors paire qu'il soit.
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Plus le temps passait (ou ne passait pas plutôt), plus Peter Pan se disait qu'il avait bien fait de relâcher le capitaine Crochet dans la nature.
Ça ne rendait ce jeu que d'autant plus amusant qu'il ne l'était déjà.
Même si le fait que le pirate ait concerné ses souvenirs de sa véritable identité l'agaçait plus qu'il ne le lui avait montré, puisque cela signifiait que bien qu'il l'ait lancé, il n'avait pas autant de contrôle sur le sort noir qu'il l'aurait voulu, il était soulagé que ce soit tombé sur lui et sur personne d'autre.
Une autre personne vivant à Storybrooke aurait peut-être eu les moyens de contrecarrer ses plans, mais Killian ne connaissait pratiquement rien ni personne, il était seul et sans connaissances de la ville et de ses habitants, en dehors des mensonges dans sa tête et de quelques bribes d'information, ce qui l'arrangeait bien.
Il regrettait presque que ce ne soit pas son fils qui se soit souvenu de tout, après tout il avait sa dague en sa possession, le Ténébreux n'aurait rien pu faire pour échapper à son contrôle, il l'aurait su et ça l'aurait détruit.
Mais Rumple était malin et rusé, cela il le savait mieux que personne, et s'il ne l'avait pas fui, il savait que son fils aurait tenté le tout pour le tout avant que le Sort noir n'atteigne l'entièreté de la ville, il l'aurait immobilisé avec de l'encre de seiche s'il l'avait pu pour ensuite le poignarder avec sa dague, se sacrifiant pour sauver tout le monde, lui volant ainsi sa victoire.
Mieux valait ne pas prendre de risques inutiles, il préférait savoir Rumplestiltskin complètement dans le noir et ignorant plutôt que complotant dans son dos, faisant tout pour se débarrasser de son emprise malgré ses ordres, essayant de briser la malédiction et de retrouver la famille qu'il avait enfin réussi à avoir.
En songeant qu'il lui avait pris ce à quoi il tenait le plus au monde, l'immortel se mit à sourire.
Pourtant, même si Killian Jones était une menace insignifiante, elle n'était pas à négliger pour autant, et le sorcier préférait rester sur ses gardes, juste au cas où.
Et si Peter Pan était beaucoup de choses, il n'était certainement pas stupide, et il avait bien conscience que son ennemi ne l'était pas non plus.
Henry était la clef de tout ça, de leur réussite ou de leur échec, c'était lui qui avait mis fin à une malédiction qui avait duré vingt-huit ans, c'était lui qui avait été enlevé, c'était lui qui avait poussé une dizaine de personnes qui se haïssaient pour la plupart à s'allier pour le sauver et l'immortel ne devait pas oublier ça.
Et surtout, Henry était dangereux.
S'il y avait bien quelqu'un qui en dehors du pirate, pouvait représenter une véritable menace, c'était lui, tous les autres étaient bien trop malheureux pour réaliser à quel point tout partait en vrilles à Storybrooke, il avait le cœur du plus pur des croyants, il avait réalisé la vérité la première fois.
Il pouvait très bien recommencer.
Sans parler d'une autre chose, un détail qu'il espérait que James Rogers ne découvrirait jamais, une preuve de plus que la machination bien huilée qu'était supposée être la malédiction ne l'était pas tant que ça.
Henry se souvenait.
Il se souvenait et il ne se souvenait pas.
Quand durant la journée qui avait suivi le début de la malédiction, le jeune garçon était venu le voir pour lui parler de ses migraines et de ses rêves étranges, remplis de princes et de princesses, de pirates, de sorciers et autres aventures qui n'existaient que dans les contes de fée, l'arrière-grand-père d'Henry Mills faillit paniquer.
Pour la première fois depuis ce moment au Pays Imaginaire où les héros avaient failli s'enfuir et où il avait presque laissé s'échapper le garçon qu'il cherchait à capturer depuis plus de deux cents ans.
Heureusement, la malédiction avait déjà une réponse toute prête pour ça, des médicaments qu'il avait donnés à Henry et que celui-ci avait pris sans même se poser de questions, sans avoir conscience de ce qu'il était en train de faire, de ce qui allait arriver à son vrai lui qui tentait désespérément de remonter à la surface, et oh comme Peter Pan avait dû retenir le sourire cruel qui était à deux doigts de se dessiner sur son visage.
Henry lui donnait les clefs de son esprit, jetait aux orties la seule chose qui aurait peut-être pu les sauver, et il ne le savait même pas.
Qu'il était bon d'être victorieux et invincible.
Mais si Killian parvenait à le contacter comme il supposait qu'il le ferait, alors tout risquait d'être fichu par terre, surtout s'il le montait contre lui, si Henry commençait à douter, si…
Tous ces si pouvaient être dangereux eux aussi, et si le pirate parvenait contre toute attente à retrouver un gamin qui n'existait officiellement pas, dans ce cas…
Il fallait que le gamin en question refuse de se trouver dans la même pièce que lui.
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Avoir donné une vie misérable à ceux qui avaient été et seraient à jamais ses garçons perdus était une des plus grandes satisfactions que Peter Pan retirait de la malédiction.
Ils l'avaient trahi après tout, ils n'avaient que ce qu'ils méritaient, des souvenirs d'une vie douloureuse, remplie de coups, de gifles pour certains, de deuils et de parents décédés pour les autres, leur donnant à tous le même point commun.
Ils n'avaient plus la moindre famille, ils étaient seuls, désespérés, sans ressources, sans avenir.
Ils étaient sous son emprise, et Peter Pan avait bien l'intention que les choses restent ainsi, pour toujours.
Face à tous les enfants perdus qui se trouvaient sous sa coupe, il sourit en n'en reconnaissant pas quelques uns, notamment des filles, outre Wendy (Moraine maintenant, la malédiction la nommant ironiquement et symboliquement d'après la seule autre amie que Baelfire avait jamais eue avant d'atterrir dans le monde sans magie), il y avait Grace (ou plutôt Paige.) et Gretel (Ava dans cette vie, à nouveau.), qui avaient été séparées de leurs familles, comme bien d'autres.
Tous les enfants de Storybrooke ne travaillaient pas encore pour lui, ne faisaient pas parti de son gang, n'avaient pas quitté leurs familles, mais ça viendrait, un jour, il y comptait bien.
Ça prendrait du temps, il le savait pertinemment, mais un jeu n'était jamais aussi amusant que lorsqu'il se prolongeait le plus longtemps possible.
Surtout si c'était lui qui gagnait à la fin.
Mais surtout il y avait Henry.
Henry, perdu au sein de la masse des enfants perdus, une cinquantaine d'entre eux, au moins, mêlant ceux de l'île à ceux de Storybrooke, et il souhaitait bonne chance au capitaine pour réussir à le retrouver au milieu de cette foule.
«Mes très chers enfants perdus, leur lança-t-il, un sourire aux lèvres, très chers membres du gang du crâne, je voudrais vous parler et m'adresser à vous en toute franchise.
Ils avaient pris ce nom en hommage à l'univers de Peter Pan, et Malcolm, avec eux, n'utilisait que ce nom-là.
Il était Peter Pan depuis qu'il avait passé un marché avec l'ombre de l'île, et il le serait toujours.
Ils le regardèrent avec curiosité et confiance et l'immortel s'en délecta, se réjouissant aussi de voir sa marque sur eux, un crâne qu'ils arboraient avec fierté pour ceux qui l'avaient, prouvant qu'ils étaient siens, ses enfants perdus, à lui, et pour toujours, incapables de lui échapper.
- Je voudrais vous mettre en garde, poursuivit-il, et il les vit se tendre, le regard dur.
Depuis toujours, leur existence n'avait été faite que de souffrances et de fuites, de cruauté et de mauvais traitements, tous vivaient dans la rue ou dans des maisons abandonnés, tous avaient dû apprendre à tricher, à voler, à mentir, à s'endurcir pour pouvoir survivre, ne serait-ce qu'un jour de plus.
Peu importe ce que Peter Pan leur dirait, ils le croiraient, ils l'écouteraient.
Ils le suivraient jusqu'au bout du monde s'il le leur avait demandé, et il les aurait aimés pour ça, s'il en avait été capable.
Ils se seraient sacrifiés pour lui sans la moindre hésitation, et il les aurait regardés faire sans les retenir.
Ils étaient ses soldats, son armée, ils étaient tout ce qu'il n'auraient jamais voulu être, et Peter Pan avait enfin tout ce qu'il avait toujours voulu.
Voilà pourquoi il était prêt à tout pour ne jamais perdre tout ce que la malédiction lui avait accordé.
- Un homme vient de sortir de l'hôpital psychiatrique où il était interné pour des raisons que j'ignore, un homme nommé James Rogers. Pour ceux qui ne le connaissent pas, retenez bien son nom et son visage, je ferai passer sa photo parmi vous, c'est très important, croyez-moi. Je n'ai pas tous les détails, mais je sais de source sûr qu'il a passé un marché avec la police. Il aurait dû aller en prison, mais il y a échappé, et maintenant il travaille pour eux. C'est leur indic, et j'ai entendu dire qu'il enquêtait sur vous. Il vous cherche, sans doute pour le compte des services sociaux. Alors méfiez-vous si vous ne voulez pas qu'on vous arrache le peu que vous avez et qu'on vous sépare de vos amis.
Aussitôt, le visage des enfants s'assombrit et plusieurs d'entre eux se regardèrent d'un air entendu.
Un des garçons perdus du Pays Imaginaire prit la parole.
- On… on l'a vu, il nous a posé des questions. On lui a rien dit, promit-il, et Peter Pan lui sourit avec ce qui aurait pu sembler être de la bienveillance mais qui n'était en réalité qu'un cynisme triomphant.
Parfait.
Killian confirmait ses propos sans même le savoir ni le vouloir, sans même qu'il ne manipule pour ça.
- Vous avez bien fait. Henry, tu dois te méfier encore plus que les autres, mes sources m'ont indiqué que tu étais recherché en priorité. J'ignore pourquoi, mais je doute que ce soit une bonne chose pour toi, alors fais attention.»
Si Emma avait été là et surtout si elle avait été elle-même, elle aurait su que tout cela n'était rien de plus qu'un tissu de mensonges.
Mais puisqu'elle n'était pas là et qu'ils lui faisaient confiance, ils le crurent sans se poser de questions, Henry y compris, surtout quand l'un des autres enfants perdus confirma avoir entendu James prononcer le nom du jeune garçon.
Peter Pan se mit alors à sourire de toutes ses dents, se retenant d'éclater d'un rire maléfique qui aurait éveillé les soupçons de ses pions.
Tout se déroulait exactement comme il le voulait.
A suivre…
