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Language:
Français
Series:
Part 38 of Nuits du FoF , Part 1 of De la lumière verse
Stats:
Published:
2020-09-01
Updated:
2026-03-09
Words:
461,249
Chapters:
177/190
Comments:
1,023
Kudos:
63
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11
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5,052

De la lumière.

Chapter 157: Nouvelle mission.

Notes:

Présence de violence domestique durant le chapitre.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Lundi 27 août 2012.

Le pire dans tout ça c'est que, finalement, si ça avait été sa vraie vie, en dehors des mensonges, Killian n'aurait pas été insatisfait de ce qu'il avait.

Maintenant que le Jolly Roger ressemblait à quelque chose, qu'il avait un travail fixe et stable, sa vie semblait plus simple et moins abominable, et s'il n'y avait pas eu la malédiction, les problèmes de Regina, les siens, la haine de Neal à son égard, si tout avait été comme les choses auraient dû être, Peter Pan enfermé dans la boite de Pandore pour toujours, il aurait été heureux.

Malheureusement, ce n'était pas ainsi que ça s'était passé.

Parce que rien n'était vrai, parce que même s'il connaissait peu de gens à Storybrooke, ne savait rien de ce qu'on leur avait arraché, de ce que l'immortel leur avait pris, il voyait bien dans leurs yeux, dans leur lassitude, véritable miroir de la sienne, à quel point ils étaient épuisés et malheureux.

Le pirate n'était pas sûr qu'aucun d'eux ne réussirait à tenir bien longtemps ainsi sans craquer, sans s'effondrer, et il était tenté de le faire, parfois.

Quand il avait failli perdre Regina, pendant quelques infimes secondes il avait pensé que tout était fini, qu'ils allaient tous s'effondrer sous le poids de leurs souffrances, soit en sombrant dans le désespoir, soit en s'échappant tous les uns après les autres de la seule manière dont Peter Pan ne les avait pas privés.

Grâce à la mort.

C'était la seule échappatoire à laquelle ils pouvaient aspirer, ce qui n'avait rien de réjouissant.

Ce qui était arrivé à Regina n'avait aucunement arrangé les choses, certes, la brune avait admis qu'elle avait un problème, et elle avait l'intention de le régler, mais d'une part elle pouvait très bien ne pas arriver, d'autre part…

D'autre part elle allait encore plus s'éloigner d'Emma, pendant un long moment, et les deux femmes étaient sans doute une de leurs seules chances de briser la malédiction, ce qui signifiait qu'ils allaient encore perdre du temps.

Il était donc bien maussade ce soir-là, alors qu'il prenait son service au Rabbit Hole, et il ne put s'empêcher de hausser un sourcil surpris en voyant le shérif adjoint Graham entrer dans le bar.

Il ne se souvenait pas l'avoir vu avant, et en dehors de ses brefs séjour au commissariat quelques années plus tôt sous la malédiction (c'était un mensonge, dut-il se souvenir, et parfois, seul comme il l'était à ne pas pouvoir dire la vérité à qui que ce soit, il arrivait presque à l'oublier, malgré lui) ou bien via Regina et donc via Emma surtout, il ne l'avait guère côtoyé.

Il espérait qu'il n'était pas là pour la même raison que Regina, qu'il n'allait pas lui aussi se laisser sombrer, se noyer dans le fond d'un verre pour ne plus remonter à la surface, il avait déjà vu son amie s'écrouler sans être capable de l'aider, il ne voulait pas que ça recommence.

Mais, une fois que le chasseur eut commandé un verre, il s'installa juste en face de lui.

«James Rogers, c'est bien ça?

Malgré lui, le brun se tendit aussitôt, réflexe inné de pirate face à la police et face à n'importe quel type d'autorité.

Il n'avait absolument rien fait récemment qui puisse justifier que la police vienne le voir, son effraction à la bibliothèque devait remonter à suffisamment longtemps pour qu'il ne soit probablement pas là pour ça, et il se demanda si Peter Pan était responsable, s'il avait fait en sorte que la police s'intéresse à lui pour une chose qu'il n'avait absolument pas faite.

- C'est bien moi.

Graham lui sourit, un sourire assez amical pour qu'il se sente moins méfiant.

- Vous avez l'air de bien vous en sortir. J'ai vu votre bateau, il a fier allure. Et votre travail en tant que barman, il vous plaît?

- Assez oui.

- Mes sincères félicitations, je sais à quel point ça été dur durant ces dernières années, j'espère que les choses vont continuer à s'améliorer pour vous.

- Pourquoi est-ce que vous êtes là?

Graham grimaça.

- Vous êtes un ami de Regina Mills, pas vrai?

Killian fronça les sourcils.

- Oui c'est vrai. Pourquoi?

- J'ai appris ce qui lui était arrivé, son coma éthylique, sa future cure de désintoxication, et je voulais savoir une chose…

- Quoi donc?

- Vous aussi vous avez l'impression qu'il y a un truc qui cloche?

Le barman se figea, stupéfait, sentant l'espoir l'envahir, et il ne savait rien de la première malédiction ou presque, il ignorait si à l'époque le chasseur avait réalisé quelque chose, mais si c'était le cas, alors peut-être…

- À quel sujet? Demanda-t-il en tentant de rester le plus nonchalant possible.

- En ce qui concerne Emma et Regina. Leur relation, le fait qu'elles s'aiment toujours mais pensent qu'elles ne pourront plus jamais être ensemble, à cause de ce qui est arrivé à Daniel. Je comprends, bien sûr, mais cette séparation a l'air de leur faire plus de mal que de bien, en tout cas pour Emma, et vous parlez souvent à Regina, peut-être que vous en êtes arrivé aux mêmes conclusions que moi.

Killian serra le poing sur le verre qu'il était en train d'essuyer.

Merde.

Ce n'était pas exactement ce à quoi il s'attendait, ce qu'il espérait, mais c'était tout de même mieux que rien, et sans le savoir, Graham allait peut-être permettre de faire avancer les choses en voulant l'aider, en voulant faire la même chose que lui.

Réunir Emma et Regina.

- C'est exact, approuva-t-il, j'ai été pas mal absent durant un certain temps, mais dès mon retour j'ai bien vu que Regina était malheureuse. Je lui ai parlé du fait qu'Emma lui manquait, qu'elle l'aimait toujours, et elle l'a admit, mais elle… Elle pense qu'il n'y a plus d'espoir. Je ne suis pas d'accord.

- Parfait, ravi de voir que nous sommes sur la même longueur d'onde. Dans ce cas-là, dit-il en lui tendant la main, vous êtes partant pour tout faire pour les réunir, sans qu'elles ne se doutent de quoi que ce soit, et de laisser faire les choses une fois que Regina sera revenue de sa cure de désintoxication?

Quoi donc, réunir mon amie avec la femme qu'elle aime, leur permettant de peut-être tous nous sauver, de défaire Peter Pan pour toujours et d'avoir enfin ma fin heureuse?

Il sourit et lui serra la main.

- Oh que oui.»

§§§§

«Vous avez une idée du temps que ça va durer?

Killian savait qu'il n'était probablement pas opportun de poser la question, puisque techniquement, le temps ne passait plus à Storybrooke, mais ça lui permettrait au moins d'avoir une idée générale.

Le shérif adjoint haussa les épaules.

- Difficile à dire… Entre deux et quatre semaines en général, ça dépend des gens et des programmes bien sûr, sans parler des risques de rechute… Tout va dépendre de Regina et de sa force de volonté maintenant.

Avant la malédiction, le capitaine Crochet n'aurait pas douté d'elle une seule seconde.

Maintenant, tout était différent.

- Vous pensiez à quoi pour les réunir au juste?

- Je ne sais pas trop, un événement public quelconque durant lequel elles pourraient se revoir inopinément. Emma y serait probablement, en tant que shérif adjointe, tout comme moi, il faudrait juste que vous parveniez à convaincre Regina d'y aller.

- Une fois qu'elle sera revenue, si elle va mieux, je ferai en sorte de la pousser à sortir, à voir du monde, il ne faut pas qu'elle reste seule, enfermée, c'est comme que… que j'ai failli la perdre. Je serai là pour la chaperonner, il ne faudrait pas qu'elle risque de rechuter.

- Oui, approuva Graham, éloignons-la des cocktails le plus possible et rapprochons-la d'Emma à la place.

Pour une fois, Killian avait vraiment l'impression que ça allait marcher, qu'il pouvait réussir, et le fait de ne pas être seul pour élaborer ce plan aidait beaucoup.

En songeant à la seule ombre au tableau, il perdit son sourire.

Peter Pan.

Il ferait tout pour qu'il échoue, il le savait très bien, mais ça ne coûtait rien d'essayer.

- Pourquoi pas oui. J'imagine que le shérif Keith sera présent lui aussi.

En voyant le visage du shérif adjoint s'assombrir, il sut qu'il n'était pas le seul à le détester.

- Je pense que oui.

Il n'ajouta rien et Killian non plus.

Et même s'il savait que ça allait lui faire mal, il ne put s'empêcher de l'interroger.

- Vous savez quand auront lieu les prochaines élections pour le poste de shérif?

Jamais était très probablement la bonne réponse, et il le savait très bien, Storybrooke n'était plus une démocratie, plus vraiment, maintenant qu'ils étaient figés dans le temps, si rien ne changeait, Albert Spencer serait leur maire pour toujours, et Keith serait leur shérif à jamais.

Cette fois, pas de Sauveuse pour jouer les rouages dans la machine et faire repartir l'aiguille de l'horloge, à Storybrooke tout comme dans la Forêt Enchantée.

Rien ne délogerait Keith de son poste, quoi qu'il fasse, parce qu'Albert Spencer était son allié, parce que Peter Pan ferait tout pour que les choses restent semblables.

- Hé bien, je crois me souvenir que Keith a été élu il y a environ six mois, à la même période qu'Albert Spencer pour le poste du maire.

Oh comme c'est étonnant, quel hasard, songea ironiquement Killian.

- Donc, dans un peu moins de quatre ans, poursuivit Graham.»

Même si ça avait été vrai, attendre plus de trois ans aurait été absolument insupportable, mais le pirate ne se faisait pas d'illusion, d'ici six mois, cela ferait toujours six mois que les élections auraient eu lieu, et rien ne changerait jamais.

Il partit sans rien ajouter, sans parler de la malédiction, d'Henry, du livre de contes, de toutes ces choses qu'il n'aurait jamais accepté de croire, mais tout en ayant l'espoir d'au moins réussir sur une chose, réunir leurs deux meilleures chances de sauver tout le monde.

Graham ne lui parla pas non plus de ce qui clochait ailleurs, du loup qu'il voyait parfois encore en se promenant en ville ou dans la forêt, de ses rêves où il était entouré de loups, vivait parmi eux, parce que bien évidemment, ça n'avait aucun sens, ce n'était pas important.

Ce qui comptait, c'était qu'Emma et Regina se retrouvent.

§§§§

Lundi 3 septembre 2012.

L'air soucieux que son père affichait depuis quelques jours inquiétait de plus en plus Lacey.

Ce ne fut que lors du repas de midi qu'elle osa enfin lui poser la question.

«Papa, qu'est-ce qu'il y a?

Moe French la regarda avec étonnement.

- Quoi donc Lacey?

- Quelque chose ne va pas, dis-moi ce qu'il se passe s'il te plaît.

Le fleuriste se força à sourire pour la rassurer mais ça ressemblait plus à une grimace qu'autre chose et la jeune femme sentit l'inquiétude grandir en elle.

- Il n'y a rien ma chérie, rien du tout, ne t'en fais pas pour ça.

Menteur, songea-t-elle, sut-elle aussitôt, et un mauvais pressentiment s'empara d'elle.

Oh non.

- C'est à cause du loyer, c'est ça?

Le visage de son père se décomposa aussitôt et il déglutit avec difficulté, lui disant tout ce qu'elle avait besoin de savoir sans même avoir eu à prononcer un seul mot.

Elle avait raison.

Tout était de la faute de monsieur Gold, une fois de plus, et la serveuse ne savait pas si elle avait déjà détesté quelqu'un autant qu'elle le haïssait, mais quand elle pensait à lui, c'était toujours la rage qui l'animait.

Après tout, son père n'était pas la seule personne qui lui devait de l'argent tous les mois, c'était aussi le cas de la grand-mère de son amie Ruby, et de tant d'autres personnes à Storybrooke qu'elle ne connaissait même pas mais qu'elle plaignait tout autant, vivant en permanence avec cette épée de Damoclès au dessus de leur tête, à deux doigts de basculer dans la précarité et d'être expulsés de leur logement si jamais ils n'arrivaient pas à payer à temps le loyer à leur terrible propriétaire.

Et ce, qu'importe leurs raisons ou les divers contretemps possibles, monsieur Gold n'était pas vraiment connu pour être quelqu'un de magnanime, de compréhensif ou de compatissant, loin de là.

Il soupira avant de finalement hocher la tête.

- Oui. Il est venu me voir hier soir, pendant que tu étais au Granny's, et le fait est qu'il ne me reste plus beaucoup de temps pour payer.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit? J'aurais pu mettre quelque chose de côté, pour aider!

- Lacey, ton salaire est déjà assez bas comme ça, je n'allais tout de même pas te demander de contribuer, c'est à moi de faire ça! Normalement, ce genre de chose n'était pas censé arriver, j'attends le payement d'une importante commande qui date du 4 juillet, pour la fête nationale, mais elle a du retard.

- Et qui est-ce qui met autant de temps à payer ses dettes? Demanda Lacey, curieuse.

- La mairie. On dirait que le maire fait des pieds et des mains pour ne pas avoir à me payer. Je sais que c'est faux, mais c'est l'impression que ça me donne.

Lacey aurait aimé être surprise.

- Je vois… Je pourrais aller lui parler tu sais.

Moe la regarda avec stupéfaction.

- À monsieur Spencer? Je doute que ça aide ou que ce soit suffisant, j'ai déjà essayé de le relancer plusieurs fois, par mail ou par téléphone, sa secrétaire me répond à chaque fois qu'il est occupé. Je doute qu'un face à face en tête à tête change quoi que ce soit, ni même qu'il accepte de te recevoir. Je vais juste prendre mon mal en patience et croiser les doigts pour avoir l'argent avant que monsieur Gold ne vienne saisir ma marchandise et mon camion pour impayé…

Alors que cette simple idée la traversait de part en part, Lacey se sentit frissonner d'horreur.

Comment pouvait-on être aussi méchant et cruel, voilà une chose qu'elle ne comprendrait jamais.

- Non, poursuivit-elle avec une assurance qu'elle était loin de posséder, à monsieur Gold.

Son père se figea.

- Quoi?

L'antiquaire terrorisait presque tout le monde à Storybrooke, Lacey y compris, tous ceux qui lui devaient de l'argent, via les loyers qu'ils lui devaient, qui avaient passé des marchés avec lui, qui lui avaient emprunté de l'argent.

L'idée d'imaginer sa courageuse mais frêle fille adorée devoir aller parler à cette ordure le rendait littéralement malade.

- Je sais que ce sera sans doute inutile, mais je pourrais aller lui demander un délai. Après tout, cela fait des années que tu paies tes loyers à l'heure, quelques jours d'attente ne devraient pas y changer grand-chose, on peut au moins essayer.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée.

- Il ne me fait pas peur.

C'était un mensonge, évidemment, elle faisait tout pour l'éviter, justement pour cette raison, parce qu'il la terrifiait, parce qu'elle ne voyait rien à part de la cruauté dans ses yeux, parce qu'il n'était rien de plus qu'un homme mauvais que seul l'argent intéressait.

Rien de plus qu'une bête.

- Tu n'es pas obligée de faire ça, protesta son père.

- Il m'écoutera peut-être, et sans doute n'aura-t-il pas pitié de moi, mais je… Je ne sais pas, j'essaierai de trouver les mots qu'il faut. Je dois au moins tenter le coup. On ne sait jamais.

Moe essaya de lui sourire, sans grand succès une fois de plus.

- Fais attention à toi, d'accord?

- C'est promis.»

§§§§

Elle pouvait le faire.

Elle devait le faire, elle avait promis après tout, pourtant, son estomac restait noué par la peur alors qu'elle se trouvait à deux doigts d'entrer dans la boutique de monsieur Gold.

Tout en elle lui hurlait de partir, de fuir tant qu'il en était encore temps, mais elle devait faire ce qui devait être fait, accepter d'être courageuse, pour une fois, même si elle avait peur, même si la rage et la colère bouillonnaient aussi en elle, et elle allait devoir contrôler tout ça devant l'antiquaire et ça n'allait rien avoir de facile.

Prenant une grande inspiration, elle ouvrit la porte et entra enfin.

Elle attendit que le seul client dans la boutique ait fini et soit sorti pour aller lui parler.

«Miss French, la salua-t-il, poli mais le visage dénué d'amabilité. Que puis-je faire pour vous?

- Je souhaiterais…

Il ne la laissa même pas terminer sa phrase.

- Vous voudriez que j'accorde un délai à votre père afin qu'il puisse payer son loyer à temps.

Elle sursauta.

- Comment avez-vous su?

Il lui sourit d'un air sardonique.

- Soyons honnêtes, miss French, vous ne venez jamais dans ma boutique, vous n'y avez jamais acheté quoi que ce soit, vous et moi ne sommes pas amis, nous sommes à peine des connaissances, nous ne nous côtoyons que parce que votre père loue un logement qui m'appartient. Et il s'avère qu'il a des retards de paiement ce mois-ci, la raison de votre présence devient ainsi évidente.

Ce n'était pas faux.

- Est-ce que… est-ce que vous acceptez?

Son sourire s'accentua, ne la rassurant aucunement.

- Non. Maintenant sortez je vous prie.

Elle aurait sans doute dû obéir, c'était ce qu'elle aurait avant, ce qu'elle faisait depuis toujours, en bonne fille obéissante et suivant les règles en toutes circonstances.

Mais pas cette fois.

Non, Lacey était fatiguée de suivre les règles, de baisser la tête en permanence, de courber l'échine, sans jamais résister, sans se révolter, et le fait qu'il s'agisse de monsieur Gold rendait ça encore plus insupportable, sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi.

Un peu comme si l'idée qu'il la considère comme quantité négligeable, comme une personne qui ne pouvait pas lui tenir tête, rendait cette situation pire qu'elle ne l'était déjà.

- Vous êtes vraiment un immonde salopard, lui cracha-t-elle alors au visage. Une vraie ordure.

Il redressa la tête, qu'il avait déjà baissé pour regarder ses comptes, considérant qu'elle allait simplement partir sans rien dire, et fronça les sourcils.

- Je vous demande pardon?

- Si vous faites ça avec tous les logements que vous possédez, à tous ceux qui vous doivent de l'argent, toutes les personnes qui se retrouvent dans une situation difficile, je ne suis vraiment pas étonnée que tout le monde vous déteste en ville. Vous êtes un monstre. Un homme cruel. Mon père a toujours bien agi, il vous a toujours payé en temps et en heure, sa situation est seulement critique en ce moment. Cela fait des années qu'il vous loue notre appartement. Et vous allez saisir son outil de travail, alors même que c'est ce qui le fait vivre, ce qui lui permet de vous faire gagner encore plus d'argent.

- Si jamais je lui fais une faveur à lui, d'autres risquent de demander la même chose. Je ne peux pas me permettre ça.

- Vous n'êtes pas obligé de faire ça vous savez.

- Comment cela?

- Écraser les autres sous la pointe de votre talon, tout ça pour vous sentir supérieur, pour vous convaincre que vous êtes mieux que tous les autres. Ça ne vous fera pas vous sentir mieux, vous serez seulement plus seul et haï que jamais, vu comme un homme cruel et avide, et peut-être que vous vous en fichez, mais… S'il vous plaît. Mon père n'a besoin que de quelques jours, après il pourra vous payer, tout arranger, vous… Vous n'avez pas besoin d'agir ainsi. Si vous continuez ainsi, un jour, votre cœur sec et vide se réveillera peut-être enfin mais il n'y aura personne pour le voir. Parce que tout ce qu'il vous restera ce sera une montagne d'or dont vous ne saurez que faire. Et il sera trop tard.

Monsieur Gold n'aurait jamais été touché par cela, pas même par la dernière phrase, qui résonnait si fort avec une autre que Belle avait prononcé autrefois, à propos d'un tasse ébréchée, mais au fond de lui-même, sous toutes les couches de la malédiction, Rumplestiltskin se sentit tressaillir malgré lui.

Peut-être était-ce vrai après tout.

Peut-être pouvait-il faire une exception pour une fois.

- Vous avez une semaine.

Lacey tressaillit, n'en croyant pas ses oreilles.

- Une… une semaine? Vraiment?

- Ne prenez pas le risque de me faire changer d'avis miss French, siffla-t-il d'un ton menaçant, sortez d'ici.

Elle lui sourit pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans la boutique, et sans savoir pourquoi, son cœur rata un battement.

En un geste hésitant, elle posa sa main sur la sienne, et le regarda droit dans les yeux, yeux qui ne lui semblaient plus si effrayants désormais.

- Merci. Finalement vous n'êtes peut-être pas si horrible que les gens le pensent.

- Je suis bien pire que ça, très chère, lui rétorqua-t-il, touché malgré lui.

Elle l'examina attentivement et pendant quelques infimes secondes, Belle refit surface.

- Je ne pense pas non. Je file annoncer la bonne nouvelle à mon père. Vous ne le regretterez pas. Mais essayez aussi d'être plus gentil! Au revoir.»

Sans savoir pourquoi, il eut envie de rire, lui qui ne le faisait plus jamais depuis la mort de sa femme et surtout depuis que son fils avait coupé les ponts avec lui.

Avec n'importe qui d'autre venant pour faire l'exacte même demande, il aurait dit non, il ne savait pas pourquoi avec elle, il avait accepté.

Peut-être que ses mots l'avaient touché, mais il y avait autre chose, en fait, sa douleur lui avait fait de la peine, et le fait qu'elle le regarde avec tant de haine et de colère dans les yeux l'avait fait souffrir.

C'était absurde, il ne la connaissait pas pourtant, il ne l'appréciait pas, il était seul au monde, elle n'avait pas eu tort à ce sujet.

Peut-être était-ce parce qu'elle avait su frapper là où ça faisait mal et que par esprit de contradiction, il avait voulu lui prouver le contraire.

Peu importe.

La prochaine fois, il serait redevenu l'impitoyable monsieur Gold.

Avec elle ou qui que ce soit d'autre.

§§§§

En sortant, Lacey, toute à sa joie et à son enthousiasme, ne remarqua pas que son petit-ami la suivait du regard, un regard sombre et soupçonneux.

§§§§

Il était tard, et elle rentrait à peine du Granny's, rêvant d'aller se coucher, mais Lacey se sentait heureuse et optimiste pour la première fois depuis si longtemps qu'elle avait envie de partager sa joie avec quelqu'un.

Après tout, si même le grincheux monsieur Gold avait réussi à faire preuve d'humanité, peut-être que cela signifiait que les miracles étaient réels, non?

Son père était occupé, et Ruby travaillait encore, aussi elle avait décidé d'aller rendre visite à Keith, après tout, il serait forcément heureux pour elle, pas vrai?

La mine maussade qu'il arborait quand elle sonna à sa porte semblait démontrer le contraire pourtant.

«Oh. Lacey. Qu'est-ce que tu fais là?

Pensant qu'il avait peut-être passé une mauvaise journée au travail, elle tenta de son mieux de le dérider.

- J'avais envie de te voir, lui expliqua-t-elle avant de l'embrasser, ce qui ne changea rien à son air sombre, et elle commença à se poser des questions. Je peux entrer?

Il acquiesça, et referma la porte derrière elle.

- Tu vas bien? Lui demanda-t-elle.

- Ça peut aller. Et toi?

Elle lui envoya un sourire extatique.

- À merveille! J'ai résolu le problème de mon père aujourd'hui.

- Ah oui? L'interrogea-t-il les bras croisés et les sourcils froncés.

- Oui! Il a des problèmes d'argent en ce moment, rien de très grave, ça devrait s'arranger bientôt, mais tu connais monsieur Gold, tu sais à quel point il est à cheval sur les délais et rigide quand il s'agit d'argent, mais je l'ai convaincu de lui accorder un délai supplémentaire d'une semaine! Je ne sais toujours pas comment j'ai fait, je l'avoue, s'amusa-t-elle.

Elle ne remarqua aucunement que le visage de Keith s'assombrissait de plus en plus au fur et à mesure qu'elle parlait.

- Vraiment? Et il a accepté sans rien te demander en échange?

Sa voix était remplie d'irritation et plus violente qu'elle n'aurait dû l'être et Lacey ne comprit pas ce qui lui arrivait.

- Il aura ce qu'on lui doit, tout simplement, expliqua-t-elle en fronçant les sourcils, avec juste un peu de retard.

- Pourquoi est-ce que j'ai le sentiment que tu ne me dis pas tout?

Lacey frémit, plus confuse et perdue que jamais.

- Je ne comprends pas…

- Oh que si tu comprends très bien. Dis-moi Lacey, ce monsieur Gold, est-ce qu'il te baise?

Lacey sursauta, persuadée d'avoir mal entendu, espérant que c'était le cas.

Pardon? Je peux savoir ce qui te permet de me parler comme ça et ce qui t'a mis cette idée absurde en tête?

Elle, coucher avec monsieur Gold?

Ça n'avait aucun sens, elle était en couple, elle était fidèle à son petit-ami, jamais elle n'avait pensé à l'antiquaire de cette manière, c'était insensé.

- Tu étais dans sa boutique aujourd'hui, lui lança-t-il d'un ton accusateur.

Elle ne put s'empêcher de le regarder comme s'il était le dernier des crétins.

- Oui. Je te l'ai dit, j'ai négocié avec lui. Rien de plus.

- Ouais. Dans cette tenue, dit-il en la regardant avec mépris, et sans rien avoir à lui céder en échange. Excuse-moi de trouver ça un peu louche.

Comment ça dans cette tenue?

Ils étaient au début du mois de septembre, il faisait encore assez chaud pour qu'elle puisse sortir en jupe, comme elle l'avait fait, elle aimait cette tenue, elle l'avait mise parce qu'elle se sentait bien dedans, pas pour séduire quoi que ce soit!

Oh, de toute façon, elle n'avait pas besoin de se justifier auprès de lui.

Comment osait-il la juger pour ça, lui entre tous, alors qu'elle lui avait dit à quel point les jugements des autres concernant la manière dont elle s'habillait lui faisaient mal?

- C'est tout simplement ridicule. Je n'ai rien fait de mal, nous avons parlé, c'est tout! Et depuis quand tu me surveilles au juste?

- Oh non, n'inverse pas les rôles, ne me fais pas passer pour le méchant de l'histoire. J'étais en ville pour le boulot, je t'ai vue par hasard, je me suis juste posé des questions c'est tout.

Ah oui parce que tu bosses maintenant? Faillit-elle lui rétorquer, avant de se mordre la langue.

Mieux valait éviter qu'elle envenime encore plus les choses.

- Si tu avais des doutes tu aurais pu m'en parler avant de m'accuser sans preuves! Je n'ai rien fait de mal tu m'entends? Rien du tout.

- Je ne te crois pas. Peut-être que ce n'est pas la première fois après tout, et que tu couches en secret avec lui depuis des mois. Peut-être qu'en fait, tu fais la pute pour lui depuis je ne sais pas combien de temps, pour ne pas que ton père ait à payer un loyer qui devient de plus en plus élevé au fil des années ou qu'il ait le temps de rassembler l'argent. Allez avoue.

Lacey le regarda et se sentit suffoquée, ne le reconnaissant plus.

Ou peut-être avait-il toujours été ainsi, peut-être avait-elle seulement été trop aveugle pour le voir.

- Tu crois que… que monsieur Gold exigerait des faveurs sexuelles en échange de reports de payements du loyer ou pour ne pas payer du tout?

C'était n'importe quoi, monsieur Gold n'était pas une bonne personne, mais elle n'avait jamais entendu de rumeurs comme quoi il exigeait ce genre de service, et tous les griefs qu'on lui reprochait n'avaient rien à voir avec ça.

- Pourquoi pas? Ça expliquerait bien des choses.

Elle sentit la nausée l'envahir.

Il était censé l'aimer, et pourtant, il ne lui faisait même pas confiance.

- Tu es ridicule. Je te le répète, je suis innocente. Je n'ai jamais couché avec monsieur Gold, jamais il ne m'a proposé un marché pareil, et si ça avait été le cas, j'aurais dit non. Arrête d'agir comme un imbécile, veux-tu?

Ce fut à ce moment-là qu'il la gifla.

Ce qui lui fit presque le plus mal, en un sens, ce fut le geste lui-même, plus que la douleur.

- Espèce de salope! Éructa-t-il. Arrête de me dire ce que je dois faire, arrête de me mentir, c'est bien compris? Dis-moi la vérité, tu couches avec lui, hein? C'était pour ça que tu étais chez lui, dans sa boutique, pour convenir d'un prochain rendez-vous?»

Le cœur brisé, Lacey posa sa main sur sa joue cuisante de douleur, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas ou ne plutôt ne cauchemardait pas, que c'était vraiment arrivé.

Mon Dieu…

Comment avaient-ils bien pu en arriver là?

Il ne sembla pas regretter son geste un seul instant, continuant de lui hurler dessus, l'insultant, la menaçant, et elle resta figée, dans un état second, pendant plusieurs secondes, ne l'écoutant même plus, réalisant à peine ce qui était en train de lui arriver.

Puis, encore sous le choc et malgré la stupeur, elle se leva, fonça vers la sortie, ouvrit la porte et s'extirpa de l'appartement à toute vitesse, fuyant de lui le plus loin possible, ne s'arrêtant de courir qu'une fois sûre d'être hors d'atteinte, loin de lui, certaine qu'il ne pourrait plus lui faire le moindre mal.

Ce ne fut que là qu'elle s'écroula enfin et s'autorisa à pleurer.

§§§§

Il l'avait frappée.

Lacey aurait aimé que ce ne soit jamais arrivé, qu'il se soit contenté des mots, avant de réaliser que la façon dont il lui avait parlé n'était pas normale ou correcte, que même s'il avait eu des soupçons, il n'aurait jamais dû agir ainsi.

Il n'avait pas le droit de lui parler de cette manière, et encore moins de la frapper, c'était mal.

Ce n'était qu'une gifle.

C'était ce que d'autres personnes lui auraient sans doute dit, c'est vrai, mais il l'avait frappée, et il n'était pas ce qu'on pouvait appeler un petit-ami modèle mais il n'avait jamais été violent jusque-là.

Aujourd'hui, elle avait vu une autre facette de lui, sans doute son vrai visage, et le retour à la réalité avait été au moins aussi violent que la gifle qu'il lui avait assénée.

Il n'avait eu aucun regret apparent, ne s'était même pas excusé, et même si ça avait été le cas, même s'il l'avait fait, ça n'aurait rien changé à ce qu'il avait fait, et sa mère lui avait toujours dit de partir dès les premiers coups si jamais une chose pareille se produisait, parce que quand on aimait quelqu'un, on ne le frappait pas, parce que son père l'avait élevée pour qu'elle ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Elle allait suivre leurs conseils.

Elle se releva, et heureusement, songea-t-elle, elle ne vivait pas avec lui, elle ne dépendait pas de lui financièrement et n'avait aucune attache vis-à-vis de lui, contrairement à d'autres personnes dans son cas, ou dans des situations bien pires que la sienne, elle pouvait fuir, partir, elle avait le choix.

Elle envisagea de rentrer chez elle, avant de se raviser, Keith tenterait peut-être de venir la voir, et elle s'y refusait, elle avait besoin de parler à quelqu'un, une amie, quelqu'un d'autre que son père, elle voulait se réfugier dans un endroit que le shérif ne connaissait pas, et elle ne mit pas très longtemps à trouver qui appeler.

Sortant son téléphone, elle contacta Ruby, priant pour que celle-ci décroche rapidement, pour que son service soit fini, ou qu'elle soit en pause.

«Allô, Ruby? Demanda-t-elle, tentant de ravaler les sanglots qui menaçaient de l'étouffer. Est-ce que je pourrais venir chez toi s'il te plaît? C'est une situation d'urgence.»

Quand la serveuse lui répondit oui sans la moindre hésitation quelques secondes après, elle sentit le soulagement l'envahir, ainsi qu'une immense tristesse.

Si elle avait aussi tellement de facilité à vouloir couper les ponts avec Keith, peut-être cela voulait-il dire qu'elle ne l'avait jamais vraiment aimé, ou pas autant qu'elle l'aurait cru.

A suivre

Notes:

Titre du 26/01/2025 : Nouvelle mission

Vierge : Killian Jones (OUAT)

26 janvier 1981 – Colin O'Donoghue

K : Killian Jones

Créature 66 : Le Ténébreux

Killian & Graham (Once Upon a Time)

Baiser 906 : Un baiser donné dans un monde qui n'est pas celui de naissance du perso

Défi des adultes 569 : Écrivez une scène de violences conjugales

Prénom 41 : Neal

Défi Sarah & son cerveau n248- Votre perso est un héros

Et si 1494 : Et si… Regina n'avait pas réussi à contre-carrer la malédiction de Pan et qu'ils avaient effectivement perdu la mémoire en restant à Storybrooke (OUAT)

Trente septième défi extrême : Terminer 5 défis en une fanfiction et écrire 5 000 mots

Quatre aspects de… films Disney (Partie 2) : Animaux : Écrire sur un perso qui vit entouré d'animaux ou sur un animal anthropomorphe

137) 100 façons d'écrire du drama

44) 50 nuances de OUAT

15 défis fusionnés (titre du jour, horoscope, anniversaires de nos artistes, alphabets, bestiaire fantastique, duos improbables, le défi des baisers, défi des adultes, elles ont dit, Sarah & son cerveau, et si, défis de l'extrême, quatre aspects, 100 façons, 50 nuances)